Wolverine – Communication Lost

Genre: progessif mélancolique   ®2011

Non, non et non. Charles Xavier et compagnie n’ont absolument rien à voir avec la création du groupe de métal progressif suédois Wolverine. Il s’agit plutôt d’un quintette n’ayant pas froid aux yeux et qui s’aventure à chaque album dans des contrées atmosphériques tantôt frissonnantes et dépressives tantôt gaies et emplies de sérénité.
Communication Lost est un concept-album basé sur les rapports compliqués qu’a vécu la formation après la sortie de Still en 2006; autant dire d’emblée que tout n’est pas rose à travers ces onze pistes.

Pour donner une idée de l’orientation musicale du groupe, il s’agit d’une croisement entre Pain of Salvation, Opeth époque Deliverance (2003)  et Damnation (2003 aussi) et puis des formations de rock ambient à la Blackfield ou Lunatic Soul. En aucun cas, Wolverine dévoile des onces de bestialité comme on peut facilement se l’imaginer: les morceaux sont relativement dénués d’accélération et de breaks techniques, en revanche la qualité de composition est bien là.

L’intro «Downfall» parvient sans trop de difficultés à imposer une forme d’anxiété. Des nappes de claviers errent et s’entrechoquent pour offrir quelque chose de planant, relaxant mais aussi quelque peu dérangeant. Une belle mise en bouche avant que «Into The Great Nothing» ne déballe son arythmie et ne montre que le groupe a franchi un pas depuis le remaniement de l’orchestre. Une production très raffinée propulse chaque instrument au premier plan même si le chant a toujours été le pilier des compositions. Point de cordes en adamantium mais un son de guitare suffisamment lourd et saturé laisse prétendre qu’il s’agit bien d’un groupe de métal. «Your Favorite War» continue dans cette lourdeur qui s’avère être plus accessible que les nombreux plans calmes qui parsèment Communication Lost.

Ceci dit, lorsqu’on y met un peu du sien, entrer en symbiose avec des morceaux comme «Embrace» porté par des percussions…percutantes et le charismatique frontman Stephan Zell ainsi qu’avec la touche électro-goth de «Pulse» et le duo piano/violon de «What Remains» procure un plaisir qu’il n’est pas donné à tout les artistes de satisfaire. Et le point fort de cet album est le morceaux qui le clôture, le démentiel «Communication Lost» aux allures avant-gardistes avant que «A Beginning» ne termine définitivement le tout en reprenant le thème de l’intro.

En résumé, l’album regorge de petits détails intéressants et bien exécutés pour un résultat sans réelles failles, mais il faut dire que l’on a pas affaire non plus à quelque chose de vraiment puissant et purement original. Reste que Wolverine, à défaut d’avoir apporté sa griffe (…), a fait preuve d’imagination dans le domaine et a su faire passer les émotions quasiment les doigts dans le nez. A écouter à tête reposée plus qu’au milieu d’un champ de bataille.

Laurent.

Tristwood – Dystopia Et Disturbia

Genre: black/death brutal       ®2010

Mozart a fait vibrer la Terre entière de ses concerto et ses symphonies d’une beauté sans pareil, aujourd’hui certains artistes ont saisi un sens propre au terme «vibration». Parce que lorsqu’on écoute un orchestre tel Tristwood, il n’est nullement question de s’imaginer planté sur sa chaise à contempler un maestro diriger ses musiciens.
Avec un tel patronyme et du fait que le groupe soit autrichien, on pourrait penser à un banal groupe de dark ambient ou de black dépressif, mais c’est dans le brutal black industriel aux relents death qu’il a choisi de baigner. Crée à l’initiative du brailleur Maggo Wenzel, l’entité Tristwood a déjà sorti deux maxis et deux albums qui ont su mettre les barres sur les « T » pour le public avide de sensations extrêmes.

Encore une fois, Dystopia & Disturbia est une auto-production avec un son toujours plus énorme que la précédente, et pour le coup, la formation a décidé d’envoyer le pâté en trente minutes seulement, et en vue de ce qu’elle nous offre, c’est plus que raisonnable. A la croisée des tarés australiens de Berzerker et de Samael, cette offrande de Tristwood a pour unique but de rendre dingue. Ca martèle comme pas possible, des murs de riffs à foison, et des sonorités industrielles renforçant le grain de folie.

C’est beau, n’est-ce pas, un groupe qui fait trembler votre habitacle même avec le volume à 2. Seulement que se passe-t-il quand l’inspiration est quasi-inexistante, et bien on apprécie deux ou trois morceaux tout au plus avant qu’une certaine lassitude ne fasse son apparition. Alors oui, D & D est un peu plus peaufiné que The Delphic Doctrine (2006), notamment sur l’approche mélodique de certains riffs, mais les guitares sont un peu trop sous-mixées, balayées même parfois par les blast-beats qui ont le maître-mot chez Tristwood. Paraît-il aussi qu’il y a une basse… Ce n’était pas nécessaire de signaler sa présence dans le livret (plutôt intéressant, on y apprend qu’en plus de se consacrer à la mythologie égyptienne, Wenzel est passionné par la science-fiction, d’où ce thème de la dystopie) puisqu’elle est clairement absente.
Il y a tout de même du très bon dans cet album comme par exemple « Irreversible » et « The New Acid Bath » qui possèdent quelques parties mémorables, mais la majorité de l’oeuvre s’appuie hélas sur l’inaudibilité et la linéarité.

C’est un peu dommage d’être obligé de tendre autant l’oreille pour cerner les subtilités, donc au final nous nous contenterons de headbanguer sans trop réfléchir. En trente minutes, Tristwood a fait son petit effet, tant pis pour le message qu’il aura voulu faire passer et pour l’approche avant-gardiste pas suffisamment etoffée,les nerfs sont à vif et nous pouvons passer tranquillement à autre chose. On encourage tout de même une telle foi, dans l’espoir que pour le prochain round, la touche personnelle sera encore plus en avant et que les riffs de guitare nous couperons le sifflet.

Laurent.

No One Is Innocent – No One Is Innocent

Genre: fusion                        ®1994

Essayez de discuter «rock français» avec vos parents, vous en apprendrez plus que vous ne vous y attendiez. Pour eux, Indochine, Téléphone et Johnny sont des valeurs ultimes, ainsi que Dick Rivers, Niagara, Axel Bauer ou Calogero, pour un peu qu’ils se soient intéressés à Trust et Noir Désir. Mais jamais les noms de Silmarils ou de No One Is Innocent ne sont évoqués, car il s’agit des premiers pas de notre pays dans le monde de la fusion, cette musique qui a atterri sur les ondes plus vite qu’une braguette qui se ferme et qui sera systématiquement qualifiée de musique de «sauvage» (on l’aura entendu celle-là, n’est-ce pas) par les fans de Mylène Farmer et compagnie et par nos propres aïeux aussi.

En 1992, RATM révolutionne le rock avec son premier album, événement qui ne passera pas inaperçu en France puisque deux ans plus tard, un groupe parisien mené par un frontman arménien débarque dans les bacs avec un album éponyme rapidement considéré comme étant la réponse française à la bande de Morello. En effet l’influence est flagrante, seulement le groupe ne s’est pas limité à reprendre les mêmes jeux de basse et de batterie, les paroles enflammées de Kemar rappellent celles de La Rocha comme celles de Bertrand Cantat aussi bien dans le fond que dans la forme. Rappelons que le nom du groupe est tiré d’un morceau des Sex Pistols, comme quoi la volonté de choquer est primordiale pour ces parisiens.

Sorti chez le label Island Records aujourd’hui détenu par Universal, ce premier album éponyme ne passe pas inaperçu à sa sortie grâce au single «La Peau» et son intro métallique, diffusé en boucle sur M6 durant des mois et qui est son plus gros tube à ce jour. Bien que l’anglais du leader soit très moyen, les morceaux sont plutôt saisissants grâce à une rage jamais exploitée par une formation française, même sur l’excellent Tostaky de Noir Désir qui se révèle être la seconde influence majeure de No One Is Innocent. Kemar évoque souvent les tragédies qui ont détruit les valeurs de son pays d’origine («Génocide», «Another Land», l’étrange morceau «Ne Reste-t-il Que La Guerre Pour Tuer Le Silence») d’où la prédominance anglophone sur cet opus, qui laisse place tout de même à la langue de Molière sur les morceaux évocateurs que sont «Epargne-Moi» et «Le Feu» qui ne laissent aucun répit aux politiciens.

Premier d’une longue série de groupes cherchant (en vain…) à s’exprimer de la sorte, NOII s’impose comme le porte-drapeau d’une jeunesse qui a pas dit son dernier mot. Encore plus revendicative que le rap du Suprême et de Iam, cette fusion nerveuse prouve que ces gaillards en ont dans le froc, et c’est clairement ce qu’on aime dans le rock. Une référence que nous serons contents, nous futurs parents, de faire connaître à nos progénitures. Intemporel.

Laurent.