Sea Of Green – Time To Fly

Genre: stoner                    ®2000

Sous ses airs de sterne survolant paisiblement un océan bleu et calme, le premier album du trio canadien Sea Of Green est en fait, pour ne rien cacher, une sorte de pamphlet de leur indifférence vis-à-vis des sommations contre la consommation de la cigarette-qui-fait-rire. La « mer de vert » est d’ailleurs le nom donné à la culture hydropolique, mais inutile d’avancer plus sur le sujet.

Amateur de rock lourd et de psychédélique, te voilà servi. Car ce qu’il faut savoir, c’est que cette première livraison est d’une ambiance aussi pesante que planante. Du haut de ses cinquante minutes, Time to Fly regorge autant de morceaux à la limite du métal (« Annihilation », « Women Today », « People of the Earth », « Long Time Coming ») que de plages atmosphériques (« Ever After », « Orion’s Belt », la reprise de Pink Floyd « Breathe »).

Mais l’élément le plus marquant est surement le timbre hypnotique de Travis Cardinal qui tient vaillamment la main à sa Stratocaster, même si on lui reprochera une certaine linéarité tonique dans son chant. Heureusement que la production signée Nick Blagona (The Police, Rush) apporte un équilibre juste entre le duo Dowd/Bender tantôt énervé, tantôt évasé et les notes de Travis.

Un Ep et deux albums pour cinq ans de carrière, c’est peu et beaucoup à la fois: on aurait aimer voir le groupe alimenter davantage son potentiel à pondre des morceaux efficaces, mais son manque d’initiative à organiser des tournées lui vaudra en 2004 les tourments de son label Music Cartel qui laissera le trio sans quelconque provision après une césure brutale du contrat.

C’est bien dommage que le stoner ne plaise qu’à la critique, parce qu’il faut avouer que niveau notoriété, les adeptes du genre se comptent sur les doigts de la main.
Plus qu’un énième ersatz de Kyuss ou Monster Magnet, le heavy rock des Sea of Green rejoint plutôt les rangs de Fu Manchu sans pour autant être aussi répétitif. Simple mais efficace, Time to Fly est la pause idéale entre le Paranoid du Sabbath et Dark Side of The Moon des Pink Floyd. Riches en mélodies qui imprègnent la cervelle, il serait tout de même affligeant de ne pas jeter une oreille curieuse sur cette galette… surtout que le sujet concerne aussi bien les pratiquants que les athés de la fumette!

Laurent.

Diskreet – Engage The Mechanicality

Genre: death technique           ®2010

Certains groupes vous parlent plus que d’autres après vous avoir foutu une sacrée branlée avec un premier EP de quelques titres qui vous font apprécier toujours plus un style. Car il faut dire que le death technique, c’est quand même quelque chose! Les américains de Nile et d’Atheist ainsi que les teutons de Necrophagist auront chacun laissé une trace dans l’histoire du death, montrant à la face du monde qu’il n’est pas que question de violence gratuite et simplicité d’esprit, chose qui est également fausse lorsqu’on parcourt les discographies de formations moins prise de tête comme Immolation et Morbid Angel.

Diskreet est depuis ses début épaulé par le remarquable label britannique Candlelight (Emperor, Vader), qui a annoncé peu avant la sortie de Engage the Mechanility que ce dernier était un cran plus dévastateur que l’EP. Et bien, il faut dire que nous n’avons pas affaire à une troupe d’escrocs: cet opus est effectivement remplit de bâtons de dynamite prêt à remettre en question l’adage «on ne peut pas déplacer les montagnes».

Derrière ce livret magnifique, à l’ambiance futuriste, se trouvent onze titres assez réussis portés par un duo de guitaristes virtuose, qui ont cherché à faire vibrer les écoutilles avec le plus de notes possibles sur des rouleaux compresseurs comme «The Fall of Mankind», «Graves» ou «We Are Legion», mais le plus intéressant dans tout ça réside dans l’exécution de solis très techniques et mémorables plus de ça, en particulier celui de «Bishop of War» mais également ceux des premiers titres «Valley of Kings» et «Serpents Tongue».

On pense pas mal à Aborted dans l’ambiance et cette volonté d’écraser l’auditeur. L’arrivée du growleur Stephen Babcock offre un plus à la puissance des morceaux, mais ce petit bol d’air frais n’est pas non plus dénué de défauts. En effet, si technicité il y a, la production met un peu trop l’accent sur la batterie qui, bien qu’excellente soit-elle, étouffe quelque peu les grattes ainsi que le groove de la basse. Et force est d’admettre qu’une certaine linéarité se fait sentir, mais rappelons que le death n’a pas été inventé pour les prises de tête.

Un premier album réussi pour un groupe qui se réserve un bel avenir, un bel hymne à la brutalité qui tient l’auditeur en haleine durant tout son acheminement.

Laurent.

Sepultura – Roots

Genre: world metal             ®1996

L’histoire qui va suivre est purement fictive. Toute association avec un fait réel est totalement fortuite.

« -Dis tonton Noisy, peux-tu me raconter l’histoire de cet album avec un aborigène sur la pochette?

-Bien sûr. Avec cinq albums ayant chacun marqué l’histoire du métal à sa manière, Sepultura devient une légende vivante en se démarquant définitivement des pionniers du thrash peu après la sortie du aussi respecté que décrié Chaos A.D (1993, ndlr). Le quatuor ne cesse d’évoluer dans l’air du temps avec aisance telle qu’en bon fan transi, il est toujours difficile de se demander si en vérité, l’option « métal moderne » n’est pas qu’une couverture pour cacher une baisse de régime.

-Drôle de réflexion de la part d’un « fan transi! »

-N’est-ce pas… Bref, ce dont on est sûr, c’est que Roots a semé la pagaille parmi les fans, entre ceux qui acclament l’arrivée du néo métal et ceux pour lesquels Sepultura ne doit rimer qu’avec thrash metal.

-Euh, une petite seconde, tonton. As-tu bien évoqué à l’instant le terme « néo »?!

-Absolument, et de manière totalement assumée, car si Roots n’est pas directement lié au genre, les modalités d’enregistrement s’en rapprochent. Devine qui se trouve derrière les manettes à l’Indigo Ranch de Malibu?

-Rick Rubin?

-Haha non. il s’agit de Mr. Ross Robinson, le producteur du premier Korn, qui sans l’approbation totale de Jonathan Davis, offre à Roots un son de guitare similaire à celui des cinq Californiens. De plus, c’en est terminé du thrash tel qu’on en a la conception, car celui-ci a laissé la place à un métal alternatif groovy.

-D’accord et sinon question de la violence, est-elle présente?

-Tu sais, ce n’est pas parce qu’un groupe réduit sa vitesse d’exécution qu’il oublie ce pourquoi il est aimé. La violence sur Roots se trouve essentiellement dans le chant de Max Cavalera et dans la lourdeur des riffs. Je vais te faire écouter « Roots Bloody Roots ».

-Wouaaah, quelle puissance! Ce morceau sonne comme un hymne! Bon, ça sent un peu la surproduction car le son est tellement écrasant qu’il en devient presque brouillon, mais ça donne envie de secouer la tête!

-Ce n’est pas tout, mon petit. Ecoute « Attitude » et « Ratamahatta » qui sont parmi les plus abordables. Le groupe donne l’impression d’avoir enregistré en pleine jungle! Avec également du didgeridoo et diverses percussions un peu partout, il s’est inspiré de tribus des quatre coins du monde.

-J’ai l’impression de connaître ces voix aditionnelles sur « Lookaway »…

-Oui certainement, il ne s’agit ni plus ni moins que de Davis et de Mike Patton qui, il faut avouer, n’apportent pas grand chose à ce titre déjà peu efficace.

-Après « Lookaway », les morceaux m’ennuient à chaque fois. Est-ce une erreur?

-On ne parle jamais d’erreur dans un point de vue subjectif, en revanche je partage ton ressenti car ces morceaux se démarquent assez peu les uns des autres et ne possèdent pas selon moi une carrure suffisante pour marquer les esprits.

-Du coup tonton, tu en penses quoi de ce disque?

-Je ne sais pas trop. Autant j’adore les premiers Soulfly, autant ce Sepultura qui s’en rapproche me laisse un goût amer. Premièrement parce qu’il ne me prend pas autant aux tripes que ses cinq aînés et deuxièmement parce que même pris à part, je me perd sur la seconde moitié et de ce fait, il est l’album de la période avec Max avec lequel j’ai le moins d’affinités. A contrario, c’est toujours un plaisir d’écouter ces rythmes tribaux et ce son à faire passer un troupeau de rhinocéros pour un banc de sardines.

-Haha! Et ils deviennent quoi aujourd’hui?

-Après Roots, Max a démissionné et le groupe a embauché Derrick Green. Tu connais mon ouverture d »esprit mais il m’est encore difficile d’apprécier la tournure 100% groove depuis Against (1998, ndlr). Green n’est pas mauvais mais par amour pour le grain de Max, j’ai préféré suivre Soulfly. Voilà pour la petite histoire, mon garçon.

-D’accord. Mais si ça ne t’embête pas, on va quand même se recasser le cou sur « Roots Bloody Roots! »

Laurent.