Orgy – Candyass

Genre: Néo-indus                   ® 1998

Mais quelle bêtise que de sortir son premier album un 18 août 1998, cette date où les Leaders ont sorti leur troisième opus attendu au tournant comme jamais. Faudrait-il alors être étonné que les ventes ne décolleront que deux ans plus tard, avec la sortie cette fois bien placée de la bombe Vapor Transmission? Bien sûr que non, on ne récolte que ce que l’on sème…

Le pire, c’est que cette mouvance indus alternatif était en pleine explosion. NIN avait ouvert la voie en 1989, suivi par Stabbing Westward, Manson et Pitch Shifter. Jay Gordon, alors juste connu (et encore…) en tant que co-producteur du premier bébé des Coal Chamber, décide de mêler ces références du métal 90’s à la pop type New Order des années 80. Il fonde donc Orgy avec l-ex-Sexart (ancien groupe de Jonathan Davis, que le monde est petit!) Ryan Schuck et c’est parti pour les coupes de cheveux extravagantes, le surdosage de maquillage et un enregistrement en deux mois seulement de Candyass.

Produit par Gordon et épaulé par Warner, on sent que le groupe ne s’est pas attardé sur les détails de perfection, peut-être trop précipité par l’arrivée proche du cumulonimbus Follow The Leader. Ce n’est qu’une hypothèse, mais quand on voit à quel point le mixage cache la plupart des subtilités, que l’on découvre au bout de 50 écoutes forcées environ, faut quand même pas pousser mémé dans les orties.

Ceci dit on ne peut nier que la musique du combo est originale grâce à la voix organique et identifiable du frontman, et à ce duo basse/batterie assez imposant, bien représentatif de l’esprit indus. Quelques titres parviennent à accrocher à la première écoute comme le single « Stitches », la reprise réussie du « Blue Monday » de New Order ou le duo avec Davis « Revival », mais en dehors de ces morceaux phares, le manque de richesse mélodique et de diversification se fait bien trop sentir, provoquant une déconcentration de l’auditeur. Pas cool.

Ce n’est donc pas par cet opus que les californiens se feront connaître, ni même vraiment apprécier du public, qui se contentera du réussi Darkest Days des SW avant de se prendre une claque avec l’album suivant. Tony Hawk a dû se casser le tronche plusieurs fois avant d’être la star qu’il est, tout est relatif disait un certain savant fou.

Laurent.

MyGrain – My Grain

Genre: Death mélodique          ® 2011

Sorti de nulle part il y’a cinq ans, le death mélodique futuriste de MyGrain nourrissait le genre d’une rage juvénile quasi-inédite. Orbit Dance plaça rapidement le groupe dans la cour des grands en Scandinavie, la notoriété étant moindre dans les autres régions du monde. Après avoir impressionné aussi bien les médias que le public, la jeune formation nous dévoile trois ans après Signs of Existence, un second opus bien plus mature mais dénué du brin de folie qui fit le succès du premier.

C’est à un groupe qui sait évoluer dans son propre style que l’on s’attelle, car si l’âme des anciens de la scène de Göteborg plâne néanmoins dans cette furie, les claviers et le chant de Toyboy représentent au mieux une identité notable. Il ne tardait de découvrir le MyGrain 2011 auquel s’accole l’étape fatidique du troisième album.

Produit par Janne Joutsenniemi, chanteur-bassiste du groupe de speed Stone, et distribué par l’habituel label Spinefarm,  My Grain possède pour commencer, tel ses prédécesseurs, une pochette terrible, et qui résume parfaitement comme à l’accoutumée le contenu de l’album. Vous y voyez une sorte de déflagration, et bien en effet, même si le groupe ôte un morceau à chaque sortie, ce troisième méfait est tout simplement une bombe.
Ce « tout simplement » n’explique en rien le pourquoi du comment, alors disons que les finlandais ont puisés dans leurs premières ressources en proposant une fusion qui se révèle détonante, et il est évident que M. Joutsenniemi y est pour beaucoup: si les claviers se révèlent légèrement plus discrets, ce n’est que pour laisser place à un côté heavy en rien déroutant. Jamais le son du groupe n’avait été aussi propre, de plus que le chant clair de Toyboy, assez important, fait désormais partie inhérente de la force mélodique du combo.

Il faut avouer que le premier morceau « Into The Parallel Universe », en dehors de la section instrumentale au milieu du titre, laisse dans un premier temps perplexe à cause du chant un peu moyen de Tommy. Heureusement que les musicos assurent en enchaînant directement avec les écrasantes « Shadow People » et « Dust Devils And Cosmic Storms » qui font penser à Soilwork malgré nous, mais qui ont leur taux d’efficacité grâce aux lignes de guitares mélodiques et bien sûr à la touche futuriste de Kojo qui va ensuite faire de « Of Immortal Aeons » un des titres les plus marquants de la formation. Sombre, violent, il impressionne par ses nombreux changements de structure.

My Grain ne possède qu’un morceau relativement peu rentre-dedans, « A Clockwork Apocalyspe », tout aussi captivant. Et c’est un peu comme s’il coupait l’album en deux partie: la première laissait place à une rage death, tandis que la deuxième se veut un peu plus expérimentale et plus orientée vers cette nouvelle approche power métal européen: « Trapped In An Hourglass » et « Xenomorphic » sont les plus représentatives avec un côté épique marqué par des envolées solistes (guitares et claviers), des choeurs et les fréquentes modulations de Toyboy. « Cataclysm Child » clôt le tout avec un medley des huits autres morceaux, quoi de mieux pour finir en beauté un tel travail.

C’est indéniable, MyGrain signe ici son album le plus abouti et le plus réfléchi, alors même si les fans de la première heure risquent d’être déroutés par ce son moins incisif et sûrement même par des effets futuristes également moins prononcés, on ne peut remettre en question le fait que ce groupe aime prendre de petits risques qui ne font au final que mettre en avant  leur talent de composition. Et le meilleur, c’est quand on sait qu’ils feront encore plus fort la prochaine fois. Mais pour l’instant, rien ne nous laisse sur notre faim, donc à table, messieurs dames.

 

Laurent.

Blue Gillespie – Synesthesia

Genre: Stoner/doom            ® 2010

Nous avons tous essayé un jour d’imaginer quel genre de mixture pourrait résulter de la rencontre entre la profondeur de Tool et la hargne de Down. Ceux qui se posent encore la question aujourd’hui sont forcément passés à côté du phénomène Blue Gillepsie, quatre gallois dont le premier effort Synesthesia succède à deux EPs remarqués dans toute l’Europe.

Derrière cette pochette psychédélique mais pas trop fournie en détails attrayants se cache une recette qui peut laisser sceptique aux premiers abords: le jeu de batterie est complexe mais les riffs sont agressifs, souvent épiques, et le chant, dont le timbre virevolte entre Phil Anselmo et Chad Grey (Mudvayne), est très blues, dans la pure tradition du stoner. On est même pas loin du sludge avec un titre comme « Beat Oven » qui de son titre répétitif rappelle High on Fire ou même Down pour la lourdeur et ce chant très inspiré de Sir Anselmo, et d’autres tels « Superglass » et « Making Sound » sont aussi bien construits que les bombes que pond Mastodon.

Varié, l’album possède une face plus accessible avec « Skinned », au tempo plus rapide que tout le reste, énergique par ses guitares mélodiques et « Wiff » dont le côté blues est sacrément entraînant dans la pure veine de Down.

Cependant il est difficile de cerner une identité chez Blue Gillepsie, car malgré cette bonne intention de mélanger ces influences grandioses, des titres comme « Growsome », « Fingered » et « The Fergal » sont bien trop énigmatiques, pas aussi représentatifs d’un tel cocktail par rapport aux autres pistes de Synesthesia.

Une chose est sûre, la musique de Blue Gillepsie fait un peu l’effet d’une panne de courant un soir d’hiver: c’est sombre et froid, ça énerve de temps en temps, mais ça permet de se fermer un peu du le monde extérieur. Pour une première galette, les britanniques font un effet boeuf: si l’ensemble est un peu trop hétérogène, la qualité est là; la plupart des morceaux parviennent à accrocher l’auditeur qui dans ce cas ne se pose guère trop de questions, et à la rigueur on aura qu’à dire que les titres moins rétrospectifs ne sont qu’une démonstration des différents points de vue de la bande, qui en se cassant légèrement la tronche avec ces bémols ne pourra que progresser et proposer à l’avenir quelque chose de plus exhaustif, plus droit, plus personnel peut-être aussi vu le potentiel émanant de ces onze morceaux. Un début fort intéressant et prometteur.

Laurent.