Lazarus AD – Black Rivers Flow

Genre: Thrash groove            ® 2011

Que fallait-il encore au label Metal Blade déjà équipé d’un Lazarus A.D armé d’un The Onslaught pour se faire un nom ? Il y a trois ans, les chasseurs nous ont pondu un premier album efficace qui comptait tout de même quelques erreurs de jeunesse l’empêchant d’être nommé « album thrash de l’année ».

La recette du quatuor est des plus délicieuses : un soupçon de lead guitare sur un lit de Thrash Bay Area type Exodus. Saupoudrez le tout de Power métal américain et vous obtiendrez la force de ce groupe un peu particulier. Surtout que le groupe a décidé de mettre les bouchées doubles avec Black Rivers Flow en esquivant le rabâchage de plans déjà exploités depuis les débuts du genre. Non pas que le rendu soit spécifiquement jamais vu, mais l’ensemble est suffisamment varié pour ne pas subir ce sentiment de répétition du premier opus. Moins de blast-beat au profit d’une approche plus hardcore, pourquoi pas, quand on peut profiter davantage de la dextérité des musicos et du chant pas encore parfait mais suffisamment agressif de Jeff Paulick.

A en juger sur le titre d’ouverture alléchant qu’est « American Dreams » lorgnant vers la hargne et la lourdeur d’un Pantera ou sur la bombe éponyme avec son refrain accrocheur plus ou moins en chant clair, la base de ce nouveau méfait est bien plus réfléchie et imposante. Les solis sont encore plus longs et sacrément bien exécutés, comme sur « Through Your Eyes » ou la plus rentre-dedans « The Ultimate Sacrifice ».

Un véritable raz-de-marrée sonore efficace qui fait légèrement défaut chez les Anciens ces dernières années, ce mélange des influences ne fout pas autant la gerbe qu’un groupe de la Bay Area s’orientant vers le crossover par exemple, car le principe est tout simplement de servir intelligemment les accros aux sensations fortes. Ne cherchez pas trop les riffs saccadés, ils n’ont été que partiellement intercalés entre deux plans rythmiques ou pour accompagner un solo (« Light a City » entre autre), laissez-vous guider par le groove incessant et ce lead mélodique tout à fait bienvenu.

Un groupe qui a su prouver qu’il sait avancer dans son propre style sans en faire trop, juste en se laissant guider par les éléments qui font la singularité du métal Outre-Atlantique. Nul doute que le prochain arrivage sera encore plus proche du perfectionnisme, mais en attendant Lazarus A.D frappe déjà très fort avec ce cru 2011. Débuter cette année avec le sourire et quelques torticolis, que demander de plus?

Laurent.

Tankard – Vo(l)ume 14

Genre: Thrash                          ® 2010

Sortez les décapsuleurs, le nouvel arrivage de hublon Outre-Rhin signé Tankard est enfin à nos pieds! Sexe, bières et Thrash métal, voilà ce qui fait la particularité de ces teutons qui n’ont pas chômé en 25 ans. Véritable symbôle de débauche, le groupe se présente toujours de la même manière avec Vo(l)ume 14 quoiqu’avec un plus simple mais plus éclatant design.

C’est donc un cageot de dix bouteilles qu’il nous faut entamer, pas de quoi tomber par terre à la fin mais pas non plus de quoi rester sur sa soif.
La première gorgée surprend: alors qu’on s’attend à un effet pétillant imminent, c’est en mélodie douce que débute « Time Warp » qui marque l’apparition d’une guitare acoustique au sein de Tankard.   Ce n’est qu’une maigre sensation d’une minute-trente qui va rapidement laisser place au Thrash qu’on lui connait, même si on sent bien que l’entreprise a ajouté de la cerise dans son brut.

Tout aussi sauvage mais un poil moins cru que ses prédécesseurs qui tentaient d’apporter un ingrédient supplémentaire à chaque livraison, le Tankard 2010 se révèle être à juste titre bon. Inattendues, des mélodies marquées par les nombreux solis d’un Andy Gutjahr en pleine forme se moulent efficacement dans une base rythmique violente et entraînante. A en juger par le solo de « Rules for Fools » à tomber par terre, il est évident que les Allemands ont cherché à enrichir leur recette histoire de nous enivrer d’une manière un peu plus subtile.
De son côté, Andreas Geremia, brailleur invétéré, n’a absolument rien à se reprocher. Son énergie est indispensable dans la musique du combo, comme sur « Fat Snatchers » où il se montre particulièrement teigneux et aussi tonitruant que le lead guitare.

Chose essentielle, la production est carrément monstrueuse. Rien n’a été laissé de côté, et ça ne fait que mettre en avant ce nouveau côté productif de ces alcooliques « pas » anonymes. Même si Zissel n’est pas une batteur de génie, on aura le plaisir d’entendre les quelques contre-temps qu’il nous a concocté.

Alors qu’on se le dise, si ce Vo(l)ume 14 n’est clairement pas différent dans la forme que « Thirst » et carrément de « Zombie Attack », cette nouvelle touche mélodique n’affecte en rien les attentes de l’auditeur-buveur, car il faut bien le dire, Tankard est le Mötörhead du thrash: quoiqu’il fasse, tant qu’il y’en a assez pour faire tourner la tête, que ce soit par le headbanging ou l’abus de boisson, la satisfaction est présente. Et c’est encore le cas avec ce dernier méfait. Merci à vous, Tankard, d’être aussi prolifiques (alcooliques?…)

Laurent.

Ugly Kid Joe – America’s Least Wanted

Genre: Heavy-rock californien      ® 1992

Dans la courte carrière qu’est celle de « Joe le gamin laid », ce pantin articulé par cinq gus issus de la chaleur californienne, il n’y a aura eu qu’un véritable succès: America’s Least Wanted, le premier méfait d’un groupe non dénué de satyrisme envers son propre pays.

L’Ep As Ugly As They Wanna Be avait déjà entamé la marche de gloire du combo avec les hits en puissance « Everything About You » et « Madman », que l’on retrouve sur ALW.

Oui parce qu’en vérité, les Ugly Kid Joe sont apparus à un moment fatidique, cette année 1992 où le grunge et la fusion était en plein essor alors que le glam et le hard FM  devenaient de plus en plus ringards. Et il semblerait qu‘ALW ait mis tout le monde d’accord: la production n’a pas pris une ride, mais il est évident que l’élément qui a fait la force du groupe est la voix éraillée et si reconnaissable de Whitfield Crane, considéré comme un des meilleurs chanteurs de rock de tous les temps (chose à revoir, il n’atteint pas le charisme d’un David Lee Roth ou la puissance d’un Bon Scott, mais on s’en rappelle tout de même), même si le duo Davis/Crockett (rien à voir avec le célèbre trappeur) impose une ambiance lourde dans les morceaux sur laquelle les solos de  Fortman font souvent fureur.

Du bon heavy rock de bout en bout à l’image de « Panhandlin’ Prince », de la tuerie « So Damn Cool » ou de « I’ll Keep Trying », un peu de funk avec « Same Side » où apparait le gratteux Dean Pleasants d’Infectious Groove, et quelques semi-ballades comme « Busy Bee » ou le tube « Cats in the Cradle », reprise de Johnny Cash, suffisent à l’époque pour faire vibrer le monde entier.

Un album et puis s’en va, la suite de la discographie bien qu’elle ne soit véritablement pas mauvaise (surtout Menace To Sobriety (1995) qui écope d’un son encore plus énorme) n’aura jamais le succès escompté suite au virage plus « sérieux » que le groupe a suivi, délaissant même sa mascotte sur ses pochettes. La plupart des intéressés ne trouveront leur bonheur que dans ce premier opus riche en petits détails forts stimulants. Soixante minutes de pure poésie américaine, c’est déjà ça, non?

Laurent.