Stabbing Westward – Wither Blister Burn & Peel

Genre: Indus alternatif               ® 1996

Nombreux sont ces groupes qui n’auront pas eu la reconnaissance qu’ils méritaient pendant leur carrière. S’ils étaient applaudis par la critique à chaque sortie, le public du monde entier, lui, préférait en général que la musique vienne à lui plutôt que d’aller la chercher.
Groupe au succès phénoménal dans son pays d’origine, celui de l’oncle Sam, Stabbing Westward s’y cantonnera quand il s’apercevra que les autres continents, en particulier l’Europe (sauf l’Angleterre), le boudent.

Précurseurs du rock/métal alternatif industriel, Sw incarnait la douceur de cette vague industrielle en plein essor dans les années 90. Après un Ungod remarqué par son single « Nothing » présent dans la B.O du film Johnny Mnemonic, le groupe pond un successeur trois ans après, Wither Blister Burn & Peel.

Moins violent mais bien plus riche dans sa forme, cet album est le plus représentatif du talent du groupe. La production n’aura jamais été aussi propre, les sonorités électroniques sont très présentes, la basse est lourde, les riffs sont simples mais nerveux et la batterie est martelante, à l’instar d’un Killing Joke, et Christopher Hall, au timbre reconnaissable, chante mieux que jamais, accompagnant de plus belle cette ambiance un peu froide.

Les titres sont pour la plupart lents et mélancoliques (« I Don’t Believe », « What Do I Have to Do » pour les plus intenses), sur le thème du chagrin d’amour qui est fatal à tout Homme qui s’y frotte. Sans jamais tomber dans la niaiserie, Hall sait rendre des titres purement indus forts en émotions, même quand ils sont musicalement répétitifs (« Why », « Inside You », « Sleep »).

Et puis il y a ces morceaux nerveux, ceux qui foutent la patate tant la basse est saturée, que les guitares sont grasses, que David Suycott cogne ses fûts et que le songwriter crache son ressenti. Ainsi « Shame » et son riff inventif, « Falls Apart »  et « So Wrong » savent redonner un coup de boost à une écoute qui seraient pas bien loin du soporifisme si l’album en était dépourvu.

Par la suite, le groupe accouchera de Darkest Days, son plus grand succès car plus rentre-dedans, mais au son un poil trop aigu, et à l’émotion moins prédominante, et d’un album éponyme, qui laisse tomber les sonorités indus au profit d’un rock alternatif des plus classiques.

Un album en avance sur son temps, à posséder pour tout fan d’indus qui se respecte.

 

Laurent.

Hate – Erebos

Genre: Death black                     ® 2010

Est-il orthodoxe d’accorder de l’intérêt à une entité qui n’aspire que la Haine, et qui la revendique par le biais d’un Death technique depuis maintenant 20 ans? Ca va de soi, car Hate est aux côtés de Decapitated, Vader et Behemoth un poids lourd du métal polonais.

Après un Morphosis qui avait remis les pendules à l’heure il y a deux ans en proposant une sauce un peu plus variée qu’à l’accoutumée, le groupe a décidé de rester dans cet esprit d’ouverture avec Erebos.
Le titre de l’album est en l’honneur du dieu grec Erèbe, symbole des ténèbres et du pessimisme, les thèmes préférés du quatuor.

Après une introduction en guitare sèche teintée des sonorités ambient auxquelles les polonais nous ont récemment habituées, pas question de perdurer dans le doute: Hate est bien là, et en forme paraît-il sur ce « Lux Aeterna ». La production est délicieusement propre et fine, notamment au niveau de la batterie qui sera pour ainsi dire l’atout majeur de ce Erebos. Plutôt que de faire dans le blast à 350 bpm du début à la fin, le groupe a choisi le terrain de la technicité en incorporant des contre-temps et des passages lourds un peu partout. Tout ça peut paraître bien alléchant pour la suite en vue de ce premier titre exquis, et pourtant…

Blasphème? Négatif, car malgré ce désir de vouloir en mettre plein la vue, se cache un foutu souci d’identité. En dehors d’un « Erebos » dans la continuité de « Lux Aeterna » et d’un « Quintessence of Hinger Suffering » inspiré des premiers Sepultura et d’une efficacité mordante, c’est du pur Behemoth que nous sert les Haineux, là! La voix d’Adam ressemble étrangement à celle de Nergal, et hormis les quelques solos bien exécutés, le mécanisme « mid-tempo/blast beat » est trop présent sur la deuxième moitié de l’album, et finit par agacer l’auditeur, qui attend avec impatience un peu plus de folie dans tout ça (les riffs et rythmes de « Hexagony » et « Wrists » ont déjà été vus et revus par les homologues polonais). Les sonorités industrielles, qui se sont légèrement assoupies, font bien défaut à présent: à vouloir trop tendre la main à leurs aînés, Hate en a perdu son fond et sa forme.

C’est dommage, car il y a une sacré technicité et une énergie qui pourrait prendre aux tripes si les idées avaient été mieux disséminées sur les 10 titres. Il serait trop affligeant de dire que ce disque est moyen, il est à juste titre bon, mais pas suffisamment à la hauteur des attentes. A ceux qui pensait trouver l’album death du trimestre, bien mes condoléances.

 

Laurent.

Sargeist – Let the Devil In

Genre:  true black                         ® 2010

Après onze ans et trois albums remarqués, les finlandais de Sargeist, fidèles à leurs origines, continuent d’officier dans le true black. Les déceptions procurées par d’autres groupes plus célèbres (qui a dit Darkthrone?) en 2010 laissait planer un léger doute sur le contenu du nouveau venu, mais l’impatience était évidemment de mise.

Et c’est un doute qui s’efface au bout de la première écoute: le trio est toujours aussi inspiré, peut-être plus qu’auparavant, prouvant qu’il sait évoluer avec son temps sans jamais tomber dans le tronc commun du black (riffs inaudibles, chant qui l’est tout autant). Au grand dam de notre soif de guitares, il nous a même préparé une recette mélodique et et prouve même qu’il sait où il met les pieds avec des textes aussi torturés les uns que les autres. Il n’y a d’ailleurs pas d’introduction sur Let The Devil In, comme si le groupe n’avait pas souhaité ménager notre impatience encore plus longtemps.

Les morceaux sont un peu moins longs qu’à l’accoutumée, histoire de laisser place au plus intéressant afin d’éviter toute lassitude, la démarche est plus qu’honorable. Il y a ici tout ce qu’un fan de black est en droit d’attendre: des titres rentre-dedans (« A Spell to Awaken the Temple » qui réveillera très certainement ce fameux temple de sa brutalité mordante; « Burning Voice of Adoration ») et d’autres titres avec des parties instrumentales intenses (« Noctural Revelation », de son riff lourd et sombre, est un des plus marquants de l’album; « Twilight Breath of Satan » dont le final d’une beauté déconcertante). Cerise sur le gâteau, la production a été soignée de sorte que la batterie et que le sound-return de la guitare, qui apporte la touche mélodique, se fondent comme papa dans maman.
Hoath Torog, avec une reverb poussée au maximum, s’en donne à coeur-joie pour jouer l’apôtre du Diable; son chant n’est jamais trop aïgu, l’auditeur peut donc porter également de l’attention à ses mises en scène.
On sent vraiment un groupe qui aime ce qu’il fait, donnant toute son énergie créative pour faire partager ses idéaux. Même si la technicité n’est pas le maître mot de ces gaillards, l’ensemble est très malin et plein de relief.

De « Empire is Suffering » à « As Darkness Tears the World Apart », l’écoute est lisse, pas un froncement de sourcils, chaque morceau possède son truc qui va nous pousser à savourer le tout jusqu’à se permettre deux ou trois écoutes de plus, voire davantage. Et il est conseillé de jeter un oeil au superbe visuel de la jaquette pour accompagner le voyage.

Il est fort probable que les fans n’ayant pas digérés le style éthéré de Disciple of the HeinousPath puissent prendre leur pied avec Let the Devil In.
Sargeist est un des rares groupes du genre qui tienne encore la route, et cet album mériterait de devenir une référence. Un travail de pro.

Laurent.