Dakrya – Crime Scene

Genre: Avant-garde théâtral      ® 2010

L’expression « va te faire voir chez les Grecs » n’est pas toujours à prendre à la légère, elle peut même devenir bénéfique pour l’outragé, quand on voit ce que cache ce pays en pleine crise mais culturellement riche.

Car en se promenant un peu dans les bacs, il est fort probable de trouver aux côtés d’un Nikos Aliagas (star nationale des Hellenes) un album de Dakrya, orchestre de métal avant-gardiste qui ne semblait avoir de succès que dans son pays d’origine jusqu’à la sortie de Crime Scene, promu par le label anglais Sensory Records.

Sept membres, dont trois femmes et quatre hommes, composent ce groupe à la croisée des romans d’Agatha Christie, de l’univers d’Harry Potter, et d’un métal lyrique issu du théâtre, c’est du moins ce qu’on peut entendre sur Crime Scene. Et c’est donc face à un groupe un peu particulier qu’on à affaire, tellement particulier qu’il est difficile de s’y atteler après une écoute, c’est en forçant une deuxième que l’on discerne un peu les indices de la scène de crime, ce qui est tout à fait normal pour tout groupe d’avant-garde qui se respecte.

L’enquête commence avec « The Charlatans », qui de son métal clownesque, nous ferait presque rire aux éclats, car non loin du ridicule, mais un ridicule agréable et voulu par le groupe: pas de couplet ni de refrain, les riffs sont saccadés, la basse est groovy, les chanteuses Christina et Tomais sont plutôt élégantes et bien à leur place, chacune répondant à l’autre, et un passage au clavier reprenant un célèbre morceau bien connu des chapiteaux viendra scinder le morceau, rien de plus.

Après avoir ri ou mal pris la chose selon notre humeur, il est temps de découvrir une forme plus « sérieuse » des grecs: « Blind Man’s Bluff » est plus structurée, et laisse davantage les guitares s’exprimer au niveau des mélodies, un peu plus dans un esprit Agatha Christie période halloween cité plus haut, les fausses pistes commencent ici.

Si certains morceaux sont directement accrocheurs de par leur côté décalé mais tout à fait bien construits (« Scaremongering » et sa mélodie de guitare agaçante qui s’accapare notre esprit; « Phantasmagoria » nous amène tout droit dans les couloirs de Poudlard -pour les connaisseurs- avec son clavier qui est définitivement l’élément marquant du groupe; « Camouflage »), d’autres laissent l’auditeur sur sa faim, car au-delà de toute cette fantaisie, il est quand même bon d’avoir affaire à du vrai métal. Hélas, « The Urban Tribe » n’est pas intéressante pour un sou avec ses guitares en retrait, et on se demande ce que le septuor a voulu nous montrer sur « Inertia », à part un titre qui tourne en rond, merci l’inertie.

Le titre « Dramatis Personae » est légèrement plus sombre que le reste de l’album et devient pour le coup le plus intéressant des neuf. Non pas qu’il soit un résumé du reste mais il y a ce petit côté prog qui va finalement montrer que le groupe a un certain talent.

Crime Scene n’est pas un vraiment un album à savourer pour sa technicité presque inexistante (mis à part la performance plutôt convaincante de la chanteuse et le clavier qui joue un rôle important dans l’ambiance générale, pas de solis ni de rythmique martelante, pas d’envolées instrumentales mémorables) mais pourrait bien accompagner quelques soirées déguisées de clowns dans le manoir du comte Dracula. Si vous avez envie d’écouter quelque chose qui sort du lot, tentez le coup, l’expérience sera suffisamment drôle pour ceux qui voudront bien accepter la recette. Experimental, oui, technique, non, le terme approprié serait plutôt « atypique ». Il ne lui reste plus qu’aux Athéniens de se montrer moins gentillets la prochaine fois, et le jeu en vaudra vraiment la chandelle.

Laurent.

Evil One – Militia of Death

Genre: Heavy-thrash                        ® 2010

Militia of Death est le deuxième réel méfait de nos compatriotes frenchies d’Evil One, si l’on ne compte pas les trois premiers passés totalement inaperçus. Le public découvrit il y a un peu plus d’un an un album sorti de nulle part, Evil Never Dies (2009), qui attira immédiatement la curiosité de la presse métal: un son particulier, un chant heavy bien maîtrisé, des riffs inventifs, des solos mémorables, soit un cocktail explosif d’éléments qui ne peuvent susciter que notre attention.

Il est évident que le groupe à décider de se surpasser: une magnifique pochette signée J.P Fournier, également concepteur des albums d’Edguy, d’Immortal, de Dragonforce et j’en passe, est un excellent plus à la brochette d’invités conviés pour accompagner la milice de la Mort: Jeff Waters d’Annihilator impose un solo dantesque sur le titre d’ouverture éponyme, juste histoire de nous en mettre plein la vue au bout de cinq secondes, Betov d’ADX en fait autant sur « Straight To Hell », Gerre de Tankard accompagne Fred au chant sur « Militia of beer » et Herman Franck d’Accept, responsable du mixage de l’engin, apporte aussi un solo sur « Suicide Fanatics ». De quoi en faire vibrer plus d’un!

Là où son prédécesseur était résolument speed-trash, Militia of Death, comme son nom l’indique, possède un côté plus lourd directement issu du death,  qui se fond à des rythmiques rapides qui elles n’ont pas disparues pour autant puisqu’elles font toute la caractéristique du combo. Speed (batterie) se consacre entièrement à son instrument, laissant Fred explorer les vocaux rauques en plus de son chant heavy, ce qui donne une nouvelle couleur en plus à l’ensemble. La reprise d’Accept « Fast As A Shark« , issu de l’album Restless and Wild (1982), est tonitruante, presque mieux que l’originale un tantinet vieillotte aujourd’hui.

Avec un tel succès à l’étranger (et en France), nos trasheurs sont voués à devenir une future icone du métal. Félicitations.

8/10

Laurent.

En l’absence de vidéo du groupe sur le web, je vous propose un très bref trailer de l’album qui ne sort que le 8 Novembre:

Helloween – 7 Sinners

Genre: Heavy-Speed                            ® 2010

Helloween, LE groupe précurseur du speed mélodique et ses 25 années d’activité. Aussi mythique que non-médiatisé, le groupe teuton a pondu des chef d’oeuvre qui ont changé la face du métal, à savoir Keeper of the Seven Keys – Part 1 et Part 2 qui apportèrent en 1987 un côté « happy » à notre univers bien aimé.

Pourtant le groupe s’est un peu laissé allé durant la décennie 90’s, nous pondant les quelques albums bien fades que sont Pink Bubbles Go Ape (1991), Chameleon (1993),  The Time of the Oath (1996) et Metal Jukebox (1999). On retiendra tout de même les acclamés Master of The Rings (1994)  et Better Than Raw (1998) avec sa magnifique jaquette. C’est alors qu’en 2000 le groupe nous pond The Dark Ride, album que je porte personnellement dans mon coeur car très sombre et direct. Mais le groupe est à ce moment au bord de l’implosion, suite à l’échec commercial de leur dernier effort, et les tournées promos se font bien rares, ce qui n’arrange en rien la donne. Il aura fallu attendre trois longues années avant un retour aux sources avec Rabbit Don’t Come Easy (2003) qui, bien que non dénué de défauts, a relancé la machine Helloween. Nouveau line-up stable, le power-mélodique joyeux était de retour.

Jusque ce 7 Sinners, dont j’étais impatient de découvrir le contenu. Evidemment, je m’attendais à du power mélodique comme on en ramasse à la pelle aujourd’hui,  et c’est alors que j’entend Dani Löble marteler sa batterie à laquelle s’ajoute un riff bien heavy sur « Where The Sinners Go », et un Andi Deris qui n’avait jamais chanté de la sorte. Le morceau est prenant, et je me refuse à cracher sur un tel inattendu.

On reconnaît la patte Helloween, on a affaire à un album loin d’être bâclé et puissant, avec un côté martial très présent. Il n’y a qu’à écouter « Are You Metal ? », « Long Live The King » ou « Raise The Noise » pour s’en rendre compte, ainsi que les plus rock’n’roll « You Stupid Mankind » et  « The Sage, The Fool, The Sinner« . Les mélodies sont aussi au rendez-vous, avec « Who Is Mr. Madman ? », World of Fantasy », « If A Mountain Could Talk » et « My Sacrifice », où les deux guitaristes Michael Weikath et Sascha Gerstner excellent aussi bien dans les rythmiques que dans les envolées solistes. En revanche on retiendra moins les ballades « The Smile On The Sun » et  « Not Yet Again » qui auraient pu être mieux fournies en énergie. Et en guise de final, le groupe nous conte une fable épique, « Far In The Future », qui deviendra surement un classique d’ici quelques années voire mois.

Un travail honorable de la part d’un groupe d’une telle envergure: une prod’ de qualité, des titres qui s’enchaînent sans accrocs (je ne compte pas les deux « ballades », qui passent plus inaperçues qu’autre chose). On a même le droit à un artwork des plus classes, mention spéciale à notre petite citrouille adorée qui, à l’inverse du Eddy de Maiden, a conservé son charme depuis Walls of Jericho (1985). Le power allemand a encore son mot à dire, et je ne vois nul autre que Helloween qui puisse encore réunir modernité et empreinte musicale de manière efficace.

7,5/10

Laurent.