Muse – The Resistance

Genre: Muse                           ®2009

S’il y a bien une chose qu’il faut retenir de Muse, c’est cette détermination à faire fi des attentes du public. En dix ans de carrière, personne n’aura osé demander au trio de prendre des risques, pas même le gros label Warner qui les suit depuis le début, et d’habitude avec eux, soit on adore, soit on déteste. Si cette règle s’est tenue avec Black Holes & Revelations, force est de reconnaître que pour la première fois, The Resistance provoque un sentiment flou, et nous laisse mariner dans un jugement binaire qu’il faut néanmoins tenter d’éclaircir un maximum, car c’est bien de Muse que l’on parle ici.

Premier réflexe avant de découvrir un album, ne pas s’attarder sur les critiques promotionnelles, qu’elles soient péjoratives ou dithyrambiques. Les puristes et les fanatiques assidus s’affrontent dans des débats interminables et dénués de subjectivité, comme si les choses étaient ainsi et non autrement. Malheureusement pour les deux camps, l’émotion à aussi sa place dans l’approche d’un album, et il s’agit au critique d’évoquer son ressenti tout en argumentant sur la qualité intrinsèque de celui-ci. Voilà pour le rappel, revenons tout de suite à notre affaire. On ne rappellera jamais assez que Muse est une formation qui évolue comme elle l’entend, ainsi quoiqu’il arrive, la production et le mix sont toujours plus impressionnants à chaque sortie. Le formatage tape-à-l’oeil n’a jamais vraiment fait partie du lexique de Matthew Bellamy, Dominic Howard et Chris Wolstenholme, ce n’est qu’une question de recherche d’un son spécifique, jamais ou très rarement proposé par d’autres groupes de musique, tous genres confondus (« l’influence » ne rime forcément pas avec le clin d’oeil ou plus fortement, le plagiat).

En toute honnêteté, la première écoute de The Resistance a tendance à laisser un goût amer conséquent. Pourquoi? Tout simplement parce qu’on aura fait l’erreur de chercher le rock là où il n’était pas prévu à l’origine. Le matraquage radiophonique n’aide pas non plus à essayer de prendre suffisamment de recul pour être le plus lucide possible, si bien que durant des semaines, l’album traîne dans un coin de l’étagère aux côtés de ses confrères qui eux, tournent en boucle pour tenter de maintenir le mythe en vie. Les mois passent, notre conception des choses ne cesse d’évoluer et c’est alors qu’on se demande comment se porte le cinquième album du trio. Enrhumé de part l’épaisse couche de poussière, une écoute suffira à renouer des liens solides entre le groupe et l’auditeur.

Ca alors, c’est qu’il s’y passe des choses intéressantes, là-dedans! Même si l’approche R’n’B d' »Undisclosed Desires » nous laisse toujours aussi perplexe, dévoilant un titre porté seulement par de gros roulements de batterie et un chant des plus basiques de la part de Matthew, le lourd riff de basse d' »Uprising » passe déjà un peu mieux, lui donnant des airs de futur hymne, si ce n’en est pas déjà un. « Resistance » n’est pas loin de ce qu’à l’habitude de nous offrir Muse, à savoir un titre complet avec une intro au clavier suivit d’un couplet relativement calme qui déboule sur un refrain aux envolées rythmiques qui font ce pourquoi nous aimons tant ce groupe. Le duo « United States of Eurasia/Guiding Light » est le plus favorable à la polémique, car là où la majorité pointe du doigt un « clin d’oeil » trop évident à Queen notamment sur l’introduction du premier, ce serait plutôt comme un hommage à ce groupe qui a rallié des nations entières lors de ses concerts qu’il faudrait l’interpréter. Niveau qualité, « Guilding Light » a tendance à se perdre parfois dans sa mélancolie, et ce à cause de l’absence d’un fil conducteur qui aurait pu rendre un joli morceau plus fourni, plus accrocheur. Retour aux guitares avec « Unnatural Selection » au refrain entêtant mais qui s’éparpille un peu sur la fin, et « Mk Ultra » qui est là pour rappeler qu’on n’a nullement affaire à une bande de « pisseuses », pardonnez le terme. « I Belong to You » (+Mon coeur s’ouvre à ta voix) offre un dernier morceau sympathique au clavier, à la fois extrêmement humble et expressif avec un passage en français bon enfant et non-négligeable.

Ne reste que les trois derniers titres dits « symphoniques », ceux qui ont définitivement monté Matthew Bellamy sur les compositeurs de musique classique contemporaine (comprenez celle qui n’intéresse pas que les accrocs à Schubert ou Verdi). Sans trop nous attarder, ils forment un morceau de quinze minutes, « Exogenesis » où le groupe à fait appel à l’orchestre symphonique de Milan composé de 40 instrumentistes pour une brève épopée qui fait son effet malgré un « Exogenesis II » un peu trop mou par rapport à son entourage et dénué de belles notes pour remonter le niveau.

Sans frapper au mauvais endroit ni flirter avec nos sens les plus sensibles, The Resistance a le mérite, à défaut d’être aussi saisissant que ses ainés, de nous emmener dans un univers d’incertitude où finalement seule la lassitude va nous faire passer à autre chose. Pas mauvais, mais pas mémorable non plus, il ne reste qu’à continuer à faire tourner cette discographie jusque l’usure, et surtout jusqu’au prochain opus prévu en 2012.

Laurent.

Muse – Black Holes & Revelations

Genre: Muse                             ®2006

Trois longues années séparent Black Holes & Revelations du terrible Absolution. Autant dire que le groupe n’avait aucune excuse en terme de préparation, d’élaboration et de peaufinage de son quatrième bébé. Mais avec un album de Muse, on peut s’attendre à n’importe quoi ou au mieux, ne s’attendre à rien d’autre qu’à une entité à part, comme si un groupe différent se présentait à chaque fois au public. Et cette dernière optique est nécessaire pour appréhender BHR d’un bon oeil.

Pour une fois, commençons par parler de l’artwork: imaginé et imagé par le créateur du célèbre triangle de Pink Floyd, Mr. Storm Thorgerson, elle présente quatre hommes assis autour d’une table sur la planète Mars où l’on peut distinguer des petits chevaux pour un clin d’oeil flagrant au Nouveau Testament (pour ceux et celles qui auraient perdu du temps à s’y intéresser). Le parallèle entre la pochette et la musique est un peu plus clair qu’à l’accoutumée, notamment en terme de prise de risques, car cette dernière est la première chose qui nous tape à l’esprit à l’écoute de Black Holes & Revelations. On a connu Muse comme enterrant l’auditeur avec des murs de sonorités électriques ou des claviers uniquement accompagnés de la voix envoûtante de Matthew Bellamy, mais ici c’est une toute autre histoire. Si Absolution, malgré une qualité irréprochable, donnait une petite impression d’en faire trop, celui-ci mise sur une plus grande légèreté, une aération instrumentale qui fait profiter du moindre petit détail dès la première écoute. La guitare, aussi sèche que saturée, a le maître mot ici, pour des compositions plus simplistes mais non moins inspirées. On pourrait croire que le groupe en était arrivé à un point de non-retour en 2003, mais finalement c’est bel et bien une nouvelle voie que le trio a décidé d’entreprendre.

Ca démarre sur la mystérieuse « Take A Bow » qui n’enfreint pas la règle des introductions: un clavier hypnotique tout juste rythmé sur une grosse caisse forme un premier morceau convenu mais tout à fait dans l’esprit du groupe. Une bonne mise en bouche avant de démarrer sur des chapeaux de roues avec le rock doux de « Starlight » ainsi qu’avec l’approche électro du tube « Supermassive Black Hole » et son riff ultra-simpliste mais aussi efficace qu’un bon vieux Queen dont l’influence est de plus en plus palpable. Globalement, l’album est rarement nerveux, avec des titres très aérien comme « Soldier’s Poem » ou « Hoodoo », mais le point fort de BHR sont ces morceaux à la fois rythmé et planant à l’instar de « Map of The Problematique » sur laquelle Dominic Howard offre une prestation de batterie digne de son potentiel, l’épique « Invincible » , « City of Delusion » inspirée du flamenco et le final renversant, « Knights of Cydonia ». Et bien sûr, on retiendra aussi « Assassin » qui comme son nom l’indique, assène l’auditeur d’un riff proche du métal histoire de mettre un coup de bourre dans une ambiance à la limite du soporifique, ou dans un sens moins péjoratif, plus relaxante que ce dont Muse nous avait habitué jusqu’ici.

Ceux qui s’attendait à une multitude d’effets ici et là s’en verront surpris d’avoir à faire à quelque chose d’encore plus accessible qu’auparavant, mais sans jamais tomber dans le cliché. Contrairement à ce que beaucoup pensent, Muse n’essaye pas d’avancer en reculant, et réussi même à élargir son public de manière humble et réfléchie. Un très bon album qui fait honneur à l’un des groupes de rock les plus créatifs de ces dix dernières années.

Laurent.

Havok – Time Is Up

Genre: thrash  old-school         ®2011

Qui a dit que le thrash « old-school » était bon pour les papys? Si cette problématique vous concerne, allez donc faire un tour du côté du Colorado pour rendre visite à un jeune groupe dénommé Havok. Plus qu’une énième formation essayant en vain d’imiter les Anciens, les Havok ont réussi à prouver en quelques années qu’ils étaient aussi efficaces sur scène que sur galette, situation peu fréquente dans le thrash américain depuis des lustres si on ne compte que le géniallissime The Evolution of Chaos (2009) de Heathen.

Aussi techniques soient-ils, les riffs de nos amis ont le mérite depuis leur premier véritable album Burn d’être pris en considération par la géante écurie Candlelight Records qui leur permet d’écoper d’une production ciselée et pour le moins moderne en dépit du style pratiqué.

Deux ans sont passés depuis Burn, et voici que Time Is Up débarque pour nous foutre la branlée attendue. En l’espace de quarante-deux minutes, le groupe assène des plans énergiques et inspirés à tours de bras, avec une facilité affreusement redoutable qui n’est pas sans rappeler les premiers amours du thrash Bay Area.

Plus personnel car légèrement moins collé aux basques de la bande à Mustaine que son prédécesseur, Time Is Up est essentiellement porté par la paire de guitariste Sanchez/Chavez qui privilégie le riff assassin à la mélodie accessible. On pense plutôt à Slayer ou Death Angel cette fois avec le chant hurlé accompagné de choeurs, et surtout au risque de nous répéter, à ce contrôle du manche et ce rythme d’exécution des morceaux rentre-dedans qui prend aux tripes. Les solos de gratte ne sont pas balancé à l’aveuglette pour essayer d’épater la galerie, car ils ne sont pas omniprésents mais font leur petit effet quand ils s’incorporent entre deux sections rythmiques que Scotti Fuller agrémente de ses quasi-incessants martèlement de fûts (« Fatal Intervention », « Covering Fire », « Out of My Way »). Un titre en mid-tempo, « Killing Tendencies », renoue avec les influences primaires de Burn.

Varié sans jamais perdre son fil conducteur, cet opus est une petite pépite d’une rare intensité, accrocheur à souhaits qui ravivera les petits comme les grands. Dix tueries bien mixées plus de ça, voilà bien un album qui va faire parler de lui dans les semaines voire les mois et, espérons-le, dans les années à venir.
Thrash me again, please.

Laurent.