Darkest Hour – The Human Romance

Genre: métalcore                         ®2011

Si aujourd’hui l’appellation « Métalcore » est si indigeste à prononcer, c’est tout simplement parce qu’il existe un dialogue de sourd entre ceux qui vénèrent la niaiserie de, au hasard, Sonic Syndicate, et les true metalheads qui ne jurent que par le death, le black et le thrash. Mais ce qu’ignorent bien souvent ces deux partis, c’est l’existence d’un compromis qui fait toute la différence: un jour de juillet 2003, le groupe As I Lay Dying propose de teinter son death mélodique initial d’une rage hardcore que les professionnels classeront définitivement dans le métalcore. C’est ainsi que le groupe Darkest Hour, bien qu’existant depuis 1996, s’intéresse à ce meeting explosif des genres à partir d’Undoing Ruin en 2005, qui sera le tremplin d’une reconnaissance émérite au sein d’une poignée de chevelus tolérants.

Après deux albums qui n’ont fait que renforcer le respect de son public, voilà que la formation nous offre son album le plus mélodique mais également le plus sombre. C’est un fait, Darkest Hour est ici plus mature que jamais avec une bombe atomique bourrée de détails où l’émotion à autant sa place qu’une exécution technique des plus exemplaires. Le son est puissant et très propre grâce à un travail minutieux de la part de Peter Wichers, le M.Soilwork. Mais ce qui plaît réellement sur cet album, c’est que la musique est axée sur la mélodie, et ce sans aucune trace de chant clair; Mike Schleibaum est en proie de devenir un lead guitariste respecté avec tant d’inspiration.

Non sans ironie, on remarquera pour commencer que les squelettes entrelacés sur la pochette sont également présents sur le dernier album en date du groupe Tesla. On pourrait blâmer un cruel manque de recherche de la part des Darkest Hour si seulement il n’y avait rien de mieux que cette découverte archéologique pour représenter le thème de l’album, à savoir une conception personnelle de l’Amour. The Human Romance est une invitation quelque peu morbide mais toutefois maîtrisée à la réflexion sur l’appréhension de la Mort, que John Henry, le cerveau compositeur de la plupart des morceaux de la bande, transmet courageusement dans ses hurlements tortueux mais jamais agaçants.

Nous sommes tant loin du souvent désagréable screamo acnéen, et puisqu’il faut citer quelques pépites en tant que confirmation, nous pointerons du doigt « Man & Swine » et son solo mémorable, les plus-hardcore-tu-meurs « Your Everyday Disaster » et « Violent by Nature » avec ses choeurs pour une fois bienvenus ou la puissance rythmique de « Savor the Kill », mais les véritables bouchées à la Reine de ce septième méfait sont les deux derniers morceaux: l’instrumental inattendu « Terra Solaris » qui impressionne l’auditeur de sa qualité technique durant les huit minutes quarante qui le caractérisent, et « Beyond the Life You Know » dont le lead guitare est absolument prenant alors qu’il se fond dans une section  rythmique énervée comme on l’aime.

Une grosse surprise de plus venant de Darkest Hour, qui pousse encore plus loin les limites de sa créativité. A ceux qui estiment trop tourner en rond en cherchant les mélodies efficaces là où elles sont mal exploitées, voici une pépite que l’on ne vous conseillera que d’écouter jusque Jugement Dernier s’en suive. Très belle réussite, l’élève à surpassé ses maîtres, dans l’espoir que rien ne lui barre la route désormais. Pour tout public.

 

Laurent.

Betzefer – Freedom to the Slave Makers

Genre: néo-thrash                   ®2011

Betzefer fait partie de ces combos qui ont un succès fou dans leur patrie, mais dès qu’il s’agit de rendre hystérique le public des quatre coins du monde, il s’en joue une variante considérable. En effet, le quatuor israélien tente depuis ses débuts d’apprivoiser de son thrash moderne les metalheads qui doivent encore se remettre de la monopolisation du néo-métal sur le marché et qui ont à présent bien du mal à digérer la prolifération de jeunes groupes dont la musique est teintée de «*core».

Du néo-thrash, oui, c’est ainsi que la musique de Betzefer est. Inspirés par des formations marquantes de la fin des 90’s comme Grip Inc. et Vision of Disorder, ces types n’apportent pas vraiment de fraîcheur au vaste registre du métal, de plus qu’une connotation Phil Anselmo -exploitée et réexploitée par nombreuses formations- est également percevable dans le chant d’Avital Tamir, principal compositeur de Betzefer.

La majorité des titres de Freedom to the Slave Makers furent enregistrés en 2008, mais pour des raisons encore inexpliquées l’album n’est sorti que trois ans après, mais de toute manière même si l’album était paru il y a dix ans, l’approche n’aurait sûrement pas été altérée.

De la qualité, il y a malgré ces rudes dires: une pochette réussie, une prod’ signée Warren Riker (CYNIC, et sans réelle surprise, DOWN) offrant un son plus que correct aux dix morceaux présents, et bien que la notion d’originalité n’ait pas encore sa place avec ce deuxième opus, un groove partit d’une bonne volonté permet à l’auditeur de supporter intégralement la première écoute. Le chant rocailleux du frontman est particulièrement accrocheur à défaut d’émettre quelque émotion ou de vraiment faire preuve de charisme, ce qui rattrape un sens de la composition un peu brouillon, car le groupe donne vraiment, au fil des écoutes (et même dès la première), l’impression de s’être précipité à empiler les plans, balançant de nombreux changements de rythmes qui ont tendance à instaurer à la longue une confusion quant à la crédibilité du groupe à être professionel. Seuls quelques tracks comme l’évocatrice «Song for the Alcoholic», «Nothing But Opinions» ou l’entraînante «Feels So Right» offrent un réel plaisir d’écoute. Et petite anecdote marrante, le riff d’introduction de «Perfect Lie» est quasi-similaire à celui du «Benzin» de Rammstein, reste à savoir si cette affaire est une négligence de leur part ou complètement inventée par l’auteur de cet article.

A la fois mélodique et imposant, Freedom to the Slave Makers ne parviendra pas au groupe de faire-valoir un talent reconnu parmi ses proches à la face du monde occidental, de même qu’il ne permettra pas au thrash dit «moderne» d’être accablé par les puristes du old-school ou du technique, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé puisqu’il existe et existera toujours une poignée de téméraires friands de ce genre de production. Mais quand même, six années d’attentes pour ça… Betzefer confirme que l’amertume est le pire des goûts.

Laurent.

Treponem Pal – Higher

Genre: Industriel                 ®1997

Qui n’a pas été marqué par le passage de Treponem Pal à l’émission Nulle Part Ailleurs une journée de 1997 alors que le groupe présente son premier single «Renegade» en compagnie d’un travesti qui se dandine sur scène? Personne ne s’y attendait, surtout pas Gildas et De Caunes que l’on imagine encore choqués de cette prestation hors du commun.

Les parigots de Treponem Pal se seront battus jusqu’au bout pour tenter de se forger une réputation de pionniers du métal industriel français. Après trois albums passés quasiment inaperçus malgré une collaboration avec Roadrunner, Marco et sa bande mettent les bouchées doubles pour réaliser l’album charnière de leur discographie, Higher, qui marque une nouvelle étape dans la musique du groupe. Ayant élargi ses influences The Young Gods (excellent groupe d’indus genevois) en y incorporant une touche dub et surtout d’un métal directement issu du Pandemonium de Killing Joke, Treponem Pal donne un nouveau souffle au rock industriel avec cet opus. Produit par M.KMFDM, Sascha Konietzko, Higher écope alors d’une production avant-gardiste à défaut d’être vraiment tape-à-l’oeil.

Assez dansant, Higher aura tout de même fait parlé de lui à sa sortie. Jugé trop en avance par le public français (la formation a subi de nombreux échecs scéniques de leurs fréquents passages au célèbre Gibus) qui n’était resté scotché que sur les petites formations thrash ou heavy old-school des copains, il connaîtra en revanche un succès certain au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Très homogène, il est difficile d’y démarquer un morceau en particulier – sauf peut-être la reprise réussie du «Fonky Town» de Lipps Inc.- parmi toute cette ribambelle de guitares mélangées aux machines de Didier Breard, car même si la recette est des plus originales, Higher souffre d’un manque de diversité qui peut vite lasser quand on n’est pas un inconditionnel du genre.

Pas aussi reconnu que Le Bien-Être et la Paix de ses homologues de Mass Hysteria, ce quatrième opus finira par intégrer les conversations quelques années plus tard avec l’émergence du néo-industriel alors que le sextet s’est dissout pour ne se reformer qu’en 2008 avec un Weird Machine très moyen. Qui ne tente rien n’a rien, et on ne peut que les applaudir d’avoir donné un sacré coup de pied dans la fourmilière en cette année 1997.

Laurent.