Belong – Common Era

Genre: shoegaze                   ®2011

Anciennement encrée dans l’ambient, la musique de Belong s’est progressivement imprégnée du noise des Jesus & Mary Chain pour en arriver au shoegazing de Common Era, réparti dans des murs de guitares et une voix réverbée typique du genre. Le duo issu de la Nouvelle-Orléans semble s’être énormément investi dans son oeuvre quand on voit la qualité de celle-ci, parvenant à rendre le noise « propre », digeste et évasif.

Globalement, ça sonne très 80’s notamment à cause de (ou grâce à) la tonalité de la boite à rythme très pop, mais également au niveau des mélodies que le duo manie avec une aisance hors-pair. On craignait une variation du shoegaze de ce type vers un aspect plus moderne, plus clair, moins noisy, mais il n’en est rien, Belong est là pour remettre les pendules à l’heure avec des hymnes tels « Come See » et « Different Heart ». « Keep Still » et « Common Era » rappellent les nappes ambiantes légendaires des irlandais de My Bloody Valentine avec une grosse caisse comme seule repère rythmique, de quoi frissonner pendant un bon moment.

Incroyable ce que réserve le shoegaze, si méprisé des médias et du public en général, mais c’est ce qui fait son charme car réservé à une élite d’auditeurs qui arrivent à déceler dans un « bruit » une once de mélodies toujours imparables. Belong est une valeur sûre, et il est déjà certain que rien ni personne ne pourra les arrêter. Avis aux amateurs.

Laurent.

The Cult – Beyond Good and Evil

Genre: hard moderne             ® 2001

Pour beaucoup, The Cult a signé son déclin en 1991 avec la sortie de Ceremony qui semblait montrer que la volonté de s’adapter aux styles émergents n’était pas le point fort du groupe, jusqu’à ce que Born into This renoue les liens avec le bon vieux hard de l’époque Sonic Temple.
Et ce qui a été le plus dur à encaisser de la part des fans de la première heure est la sortie d’un album inattendu, Beyond Good & Evil, une galette où les Britanniques se sont inspirés de la vague rock alternatif Outre-Atlantique, quoi de plus déroutant qu’une telle cassure avec le bijou post-punk Love et surtout la machine à tubes Sonic Temple.

Et si justement, malgré ces changements radicaux à chaque sortie, on se sent à l’aise en écoutant les compositions de cette formation imprévisible? La magie ne sera jamais la même que pour les quatre premiers albums, c’est indéniable, seulement quand on aime le mouvement alternatif, on apprécie BGAE, car aucun des titres qui le composent n’est potentiellement mauvais. Energique, et logiquement bien produit par Sir Bob Rock, le responsable de la réorientation amère de nombreux grands groupes, ce septième méfait reste malgré tout fort plaisant surtout grâce aux nombreux détails inventifs de la part du guitariste Duffy, toujours adepte de l’utilisation d’un chorus/flanger qui fait partie de la marque de fabrique des Cult. Astbury, quant à lui, a abandonné les cheveux longs, et s’il n’a pas à pâlir d’un timbre unique et identifiable, le gus a tendance à trop laisser son chant couler, esquivant de manière globale les effets de voix torrides des débuts.

Entrée nerveuse avec «War» où l’on découvre le son énorme de la guitare, entre heavy rock et métal alternatif, parfois très incisif comme sur le single «Rise» ou au contraire lourd comme pas possible  avec les très typées stoner à la Kyuss «Shape The Sky», «Ashes and Ghosts» et «The Saint». Pas de ballades mais les morceaux agréables que sont «True Believers» et surtout «Nico», avec son refrain à la mélodie de guitare de toute beauté, évite à l’ensemble d’être trop homogène. L’album se finit sur un titre un peu à part, «My Bridges Burn», où l’influence de Monster Magnet est palpable.

Au final plus qu’un simple album de rock/métal alternatif se fondant dans la masse, The Cult nous a offert une bonne dose de stoner rock, pas aussi underground que le revendique le genre mais qui propose tout de même un rock moderne autre que la fusion ou le post-grunge. Malgré un échec commercial suite aux raisons évoquées plus haut, BGAE a sa place dans la discographie de ce groupe qui n’a pas fini de nous surprendre.

Laurent.

Turisas – Stand Up and Fight

Genre: Battle métal                 ®2011

D’une manière générale, les êtres humains apprécient, même à petite dose, les musiques présentes dans nombreuses superproductions hollywoodiennes, ces thèmes abordés bien souvent par des claviers et des percussions qui font office de génériques ou de piments à des scènes d’action. Alors que se passe-t-il quand le métal vient se mêler à l’histoire? Et bien ça donne Turisas, groupe finlandais qui a pris l’habitude d’en mettre plein la vue aux amateurs de grosses orchestrations symphoniques sur fond de grosses rythmiques assassines. Il faut dire que le groupe a pris un virage sec avec The Varagian Way en passant d’un style mélangeant Amon Amarth et Finntroll à un «epic battle metal» comme on s’amuse à l’appeler.

Quatre longues années et voilà qu’apparaît Stand Up and Fight, la suite tant attendue de cette épopée guerrière. Autant dire que la bande au «Warlord» a donné son maximum dans les arrangements pour un final des plus professionnels qu’il soit. C’est proprement mixé par Jens Bogren (Symphony X, Opeth), sans temps mort, on se prend souvent à repenser à des péplums comme Spartacus ou d’autres blockbusters où John Williams et autres Hans Zimmer nous ont charmés de leurs musiques d’une rare intensité. D’ailleurs, Warlord a tellement insisté sur le côté épique qu’il en a oublié les origines métalliques de son groupe, car même si le son global est remarquable, les guitares se situent tout de même un peu trop en arrière-plan.

Un peu plus court que ses prédécesseurs, ce troisième album à le mérite d’être homogène sans pour autant être rébarbatif. Aucun titre ne dévalue l’intégralité de l’engin, au contraire des hymnes à la joie comme «Hunting Pirates» -tiens, ça ressemble étrangement à Alestorm- et «Venetoi-Prasinoi!» ou encore «End of an Empire» relèvent d’un degré d’inventivité hors-norme, et le chant du frontman alternant férocité et poésie n’est jamais en décalage avec l’orchestration.

Mais malgré tout cet attirail, il faut se rendre à l’évidence, les accrocs aux instruments traditionnels resteront sur leur faim à ce sujet, de même que cette superproduction rebutera certainement les adeptes de groupes plus «underground», plus crades, plus…métal. En revanche, tous les amoureux de l’histoire des Croisades n’hésiteront pas à enfiler leur amure achetée dix euros dans un magasin de jouets, et c’est ça le principe de la musique, c’est de la vivre plus que de ne l’écouter.

Finalement, même si le verdict est un peu flou, on ne peut contester une grande inspiration au sein de Turisas, qui aime s’éloigner un peu plus à chaque fois des conventions, et qui se place en haut de la liste en compagnie de Rhapsody Of Fire en matière de métal épique. Et puis, on a rarement reproché à James Cameron d’en avoir fait trop avec son dernier film, donc pourquoi s’en prendre à nos chers amis danois? Pas de quartier, la sentence ne fait que commencer!

Laurent.