Sweet – Sweet Fanny Adams

Genre: glam rock                   ®1974

Elle est loin, l’époque où le look androgyne faisait fureur au sein du glam rock, qui se cantonne de nos jours au pays du Soleil Levant avec la mouvance Visuel Kei. Très dansant, le glam est au début des 70’s à son apogée avec des artistes comme David Bowie, T-Rex, les New York Dolls et The Sweet, rebaptisés Sweet à partir de l’album Sweet Fanny Adams, leur premier gros succès.

Après avoir entendu l’album éponyme de Queen, ces derniers durcissent radicalement le ton en incorporant des éléments hard-rock qui rend leur son encore plus percutant que celui de leur concurrent, Slade, de même que Brian Connolly s’inspire des puissants effets de chant de Freddie Mercury.

Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce groupe, sachez que ce premier véritable album est tout bonnement torride. Peut-être faut-il apprécier le glam pour en arriver à de telles louanges, mais nul doute que n’importe qui apprécierait autant se lâcher sur une piste de danse que d’écouter à tête reposée Sweet Fanny Adams, l’unique bombe à onze titres que nous ont concoctés les british.

Légèrement technique mais bien plus efficace que la plupart des formations psychédéliques alors en vogue, la musique du quatuor est quelque peu innovante pour l’époque en vue des différents éléments qui la compose: sans cracher sur le prog’ (flagrant sur les introductions), le groupe a privilégié les mélodies et le gros son de guitare, il suffit d’écouter le hit en puissance qui fait figure d’ouverture, «Set Me Free», pour se laisser convaincre qu’on n’a nullement affaire à de la soupe ici. Energie, batterie furtive, effets phaser à la Deep Purple qui a le chic de faire tourner la tête, ces gars-là en avaient dans le pantalon pour mettre sur pied autant d’influences à la fois.

Une mine à tubes aussi tonitruants les uns que les autres, jamais cet album ne souffre de quelque temps mort, même les titres plus classiques comme le boogie «Peppermint twist» ou «Restless» ont grandement leur place ici, et «Burn on The Flame» avait de quoi faire pâlir les pourtant bons Slade. «No You Don’t» et «Own Up, Take a Look at Yourself» reprennent les sentiers bâtis par Nazareth, surtout lorsque Connolly s’amuse à imiter les intonations criardes de Dan Mccafferty.

Sans avoir vu les années passer, Sweet Fanny Adams se révèle aujourd’hui comme un monument de la courte histoire du glam rock qui, avec Electric Warrior de T.Rex et «The Rise and Fall…» de Bowie, donnera d’une part naissance au punk et d’autre part au glam métal accompagné de la débauche qu’on lui connait. Une invitation à la joie, au plaisir de l’écoute, à la provocation aussi, mais la provoc’ utile, celle qui vous place au-dessus de la majorité bien pensante en terme de personnalité. Un chef-d’oeuvre et puis s’en va…

9,5/10

Laurent.

Ten – Stormwarning

Genre: hard-rock mélodique      ®2011

Qu’est-ce qu’on a retenu du hard rock britannique depuis sa création au milieu des années 60? Led Zep’, Deep Purple, Queen, Mötörhead, que des noms évoqués lors de débats musicaux entre aficionados cherchant à défendre un genre considéré comme désuet pour les générations post-1990. Si la plupart de ces grands groupes sont éteints à l’heure actuelle, il n’est pas s’en rappeler que beaucoup d’artistes n’ont pas l’intention de laisser le flambeau s’éteindre, même en proposant la même recette encore et encore.

Hugues (Gary, pas Glenn, voyons…) est justement un des meilleurs exemples de ce plaisir à parcourir les sentiers battus tout en y apportant une marque de fabrique spécifique, une voix posée qui transporte tout en étant beaucoup moins expressive qu’un Plant ou un Joey Tempest, et un goût prononcé pour le rock mélodique.

Ten est donc un groupe de hard rock mélodique, dont Stormwarning est le dixième album studio en quinze ans. Produit par Dennis Ward, ce dernier opus comporte un joli livret réalisé par le dessinateur d’heroic-fantasy Luis Royo que l’on aura plaisir a parcourir durant une bonne partie de l’écoute.

Tiens l’écoute, venons-en: long d’une heure et six minutes, Stormwarning détient autant de perles que de morceaux fades. L’oeuvre commence sur une touche non loin de l’excellence avec le très réussi «Endless Symphony» avec son intro tribale menée par un Paul Hodson inspiré suivi d’un riff énorme et d’un refrain mémorable, incontestablement LA pépite de l’album. D’autres morceaux tirent leur épingle du jeu comme la très british «Stormwarning», la plus classique mais entraînante «Book of Secrets», ainsi que «The Hourglass and the Handside» avec ses allures de tube et surtout l’épique «Destiny» qui fera la paire avec le premier morceau en terme d’efficacité. La présence de balade «Love Song» est également un bonus en ce qui concerne les morceaux accrocheurs.

C’est clair, Ten aurait pu frapper un grand coup en continuant dans cette lancée, seulement il a fallu que la bande à Hugues s’attarde sur des mollusques comme «Centre of My Universe» et son intro aux faux airs de Metallica, l’inutile «Kingdom Come» trop longuette pour ce qu’elle offre ou «The Wave» faisant office de balade pompeuse comme pas possible. Heureusement que la plus fun «The Darkness» empêche le voyage de s’achever sur une mauvaise note.

Sans trahir ses convictions, Ten propose un album certes mitigé mais majoritairement agréable. On aurait apprécié un peu plus de titres moins longs, mais on ne peut pas cependant reprocher aux britanniques d’être des vétérans du genre, surtout en y incorporant une couleur mélodique assez personnelle. Et puis la voix de Hugues, on l’apprécie ou on la déteste, aucun juste milieu n’a lieu d’être, mais ce sera un tantinet dommage de ne pas s’intéresser au talent de ce monsieur prolifique. La «tempête» a quand même fait son petit effet, mine de rien…

7/10

Laurent.

 

Heretoir – Heretoir

Genre: Post-black/shoegaze    ® 2011

Il perdure depuis des lustres un point important qu’on réussira peut-être un jour à crier sur tous les toits: le black est bien le seul genre de métal qui s’accorde avec n’importe quelle autre musique, ou du moins avec le plus de styles connus, même si personne n’a encore essayé d’y combiner le zouk, le r’n’b ou le hip-hop. Souvent considéré comme inaccessible et inutile en partie à cause de l’image donnée par les figures internationales que sont Mayhem, Marduk ou Cradle of Filth, le black est pourtant un gouffre à perles, car au-delà d’une incitation à la Haine pointée du doigt par les culs-bénis, il est une ambiance et même, sans trop exagérer, est à lui tout seul une façon d’appréhender le monde qui nous entoure.

Le plus extraordinaire dans la vie, ce sont ces courts moments où intervient un événement inattendu, comme par exemple la remise en main propre par un ami vendeur d’un album importé d’Allemagne, un truc qui sur le coup ne vous fait dire qu’un «pourquoi pas?» sachant que le vendeur en question connaît parfaitement vos goûts et vos couleurs. Un petit coup d’oeil sur cette pochette qui nous attire bien qu’elle soit simpliste, un peu comme si Tim Burton était à l’origine de ce projet, et c’est parti pour l’aventure.

Heretoir est donc un duo teuton crée en 2006 par Eklatanz, multi-instrumentiste et chanteur, qui sera rejoint deux ans plus tard par Nathanael, bassiste et second vocaliste. Initialement estampillée black doom, la musique du groupe est en vérité bien plus intéressante qu’elle en a l’air, car ce premier album est un medley impressionnant de post-rock, de shoegaze et de black. Ca fait beaucoup, n’est-ce pas, mais ça fait surtout beaucoup plaisir à entendre. Le chant est parsemé, et s’il aborde des thèmes souvent exprimés tels l’Humanité, la tristesse, la dépression, c’est surtout ses tonalités qui se fondent dans les murs de guitare qui font mouche. Produit par Eklantanz, le son n’est jamais agressif, la basse porte bien les harmoniques et la sensation de profondeur est extrêmement bien exploitée.

A la croisée des provençaux d’Alcest époque Tristesse Hivernale, d’Agalloch et de God is An Astronaut, Heretoir n’est jamais ennuyeux de ses neuf titres avoisinant les sept minutes sans compter les interludes pour un durée totale de cinquante minutes, ce qui est raisonnable pour le genre. Parfois sur un rythme violent («Weltschmerz», quelques passages de «Fatigue»), l’atmosphère générale est surtout basée sur un mid-tempo typique du post-rock («Retreat to Hibernate», «Graue Bauten») où les cymbales sonnent comme le glas de l’extinction de tout ce qui attrait à la joie et la bonne humeur en général. La note finale «Heretoir» est juste délicieuse avec son chant «clair» aérien et ses claviers à la Sigur Ros, et à cet instant on en a plus rien à foutre des autres albums qu’on se sera procuré à côté, car Heretoir n’a rien d’une expérimentation foireuse et tend plutôt à nous faire comprendre que l’émotion sait faire la nique à la technicité quand elle est si bien transmise.

Il est l’heure mes amis d’entamer la onzième écoute, même si la première suffit amplement à prendre aux tripes. Y’a du boulot, y’a de l’envie de transmettre un message, ce serait parfait si Alcest n’avait pas déjà renversé du shoegazing dans son black, en tout cas la magie est là et elle n’attend que l’on y prête attention. Une future référence pour sûr, diaboliquement saisissante.

 

Laurent.