Sin – Sin

Genre: Electro-pop                    ®2010

Initialement encré dans la tradition folk, le duo norvégien refait surface après treize longues années de silence où il aura pris le temps de nous concocter un deuxième album qui suit parfaitement l’ère de son temps.

L’ensemble est très varié, les scandinaves ont pris le soin de ne jamais donner l’impression d’écouter deux fois le même morceau, avec comme meilleur exemple le trio de tête constitué de l’atmosphérique « The Postman » , de l’experimentale « A Romantic Dinner for Three » et de la petite perle accrocheuse « It’s Up to You ». Assurément, c’est la joie et la bonne humeur qui émane de Sin. Des mélodies innocentes de « Moaners »,  « Elverum » et de la plus radiophonique « 2nd Thoughts » à la profondeur de plages moins accessible mais non moins excellentes que sont « Crystal Red » ou « Too Much to Ignore », c’est le carton plein.

Un peu de douceur dans ce monde de brutes… Sin est l’exemple même de ce qu’attend les passionnés de musique en général; digne fils de Radiohead, The Radio Dept. et de Phoenix, la sauce ne peut que prendre aux tripes. Un des albums pop de l’année.

8/10

Laurent.

Inquisition – Ominous Doctrines of the Perpetual Mystical Macrocosm

Genre: True black                        ® 2010

Marre de tous ces groupes qui ont tendance à s’endormir sur leurs lauriers ces derniers temps? Il n’y a aujourd’hui qu’un remède efficace: Inquisition et sa nouvelle enzyme Ominous Doctrines of the Perpetual Mystical Macrocosm. N’ayant jamais eu le désir de s’exhiber sur le marché du disque, le duo fait pourtant forte impression auprès des intéressés avec son deuxième méfait Invoking the Majestic Throne of Satan en 2002, petite perle de rituels malsains accompagnés d’une musique à l’identité déjà confirmée. Et depuis, rien ne viendra enfreindre la règle d’or du groupe: celle de toujours faire plus fort à chaque sortie.

Et oui, le duo d’origine colombienne mais résidant aux States, très attendu au tournant, apporte bel et bien une nouvelle couleur à sa mixture sans jamais s’éloigner de ses racines « black occulte ». Car si le tempo est moins chaotique – dans le bon sens du terme – que sur son prédécesseur, les riffs eux sont plus incisifs et le timbre de Dagon est bien plus caverneux qu’à l’accoutumé, laissant de côté le chant criard tortueux. En vérité, le parolier n’aura jamais autant donné l’impression d’être un suppôt de Satan, renforçant ainsi la crédibilité de son idéologie.

Arpèges et harmoniques saturés, bends, mid-tempo plus usité, voici donc la nouvelle force du groupe. Il n’y a pas meilleur exemple que « Desolate Funeral Chant » pour matérialiser ce nouveau concept: une longue plage instrumentale où Dagon intervient de temps en temps pour exprimer son désarroi, pendant qu’il assène l’auditeur d’une ambiance triste et pesante avec sa guitare, et qu’Incubus ne fait qu’amplifier ce sentiment avec un martèlement profond et fin. Incubus… ce batteur qui sait rendre la musique d’Inquisition complètement barré quand l’envie de blast-beater lui prend comme sur « Astral Path to Supreme Majesties » qui fait office de sacré mise en bouche ou « Cosmic Invocation Rites » qui ravage toute concurrence de sa lourdeur parfaitement exécutée.

Il n’est pas impossible qu’une comparaison avec Immortal nous vienne à l’esprit de par ce chant/parlé lugubre qui évoque le grand Abbath et ce black teinté de thrash allemand 80’s qui émane par moment de Ominous Doctrines of the Perpetual Mystical Macrocosm (« Crepuscular Battle Hymn », « Upon the Fire Winged Demon » et son final dantesque, « Across the Invoking the Majestic Throne of Satan Ancient Horns Gray) même si le duo n’a jamais réellement tenu compte de tout ce qui se trame du côté de la Scandinavie et de l’Europe en général depuis l’avènement de la seconde vague de métal extrême au début des 90’s.

Si vous ne connaissez pas ce groupe particulier, n’hésitez pas à jeter une oreille sur l’intensité qu’il propose. Par amour pour ses convictions, on ne peut que donner le meilleur de soi-même. Inquisition l’a fait en 2010, et on ne peut que s’incliner devant un tel rendu. Sataniste ou pas, l’Enfer vous punira surement de ne vous être point intéressé à ce monument du black métal. Torride est le terme approprié.

 

Laurent.

Ektomorf – Redemption

Genre: néo-thrash            ® 2010

Ektomorf aurait pu être une excellente marque de micro-ondes tant ce nom représente aujourd’hui un symbole de réchauffage. Seulement un an sépare Redemption de son prédécesseur bien fade What Doesn’t Kill Me qui n’a fait que confirmer que la bande à Zoltan n’apportait absolument rien de concret à la commnauté métal. Inutile de retourner le couteau dans la plaie en le désignant à nouveau comme un sous-Sepultura/ Soulfly, car les Hongrois ont décidé de faire un tout petit effort sur ce Redemption qui ne démontre encore aucune personnalité flagrante mais qui détient, en toute objectivité, quelques éléments efficaces grâce auxquels nous identifierons une évolution certaine.

Il n’y a pas 36 manières d’interpréter Redemption: d’un côté, on peut se fixer sur les clichés évidents que le groupe a toujours essayé, en vain, de nier, à savoir le pompage des références Néo-thrash que sont Soulfly et Machine Head, et dans ce cas là, l’album ne vaut pas un clou, mais ce serait terriblement plus facile que de se pencher sur la manière dont le quatuor puise dans ses influences. Car répétons-le, faute de la moindre identité palpable, la musique du combo est puissante, vitaminée et même groovy avec des titres représentatifs comme « I’m in Hate », « God Will Cut You Down » ou « Stay Away » qui s’inspire de la période fin 90 de la bande à Rob Flynn.

Et autre chose qui peut paraître comme une pâle nouveauté, Redemption est l’album le plus varié de cette « copiegraphie », parce qu’outre un banal mur de guitares rythmiques de 45 minutes, des morceaux inattendus comme le plus personnel « Sea Of My Misery » ou « Stigmatized », très inspiré des premiers Korn, insufflent une petite dose de nuance à cette ambiance que l’on assimilerait bien vite à ses prédécesseurs.

Mais ne nous enthousiasmons pas trop vite, on ne peut pas non plus passer à côté des bides que sont « Never Should », « The One » et « Revolution » qui sentent beaucoup trop le superficiel. Et tiens que j’essaye de reprendre les breaks lourds et les effets vocaux de mes références que je démens; l’auditeur s’énervera même en entendant tout au long de l’album l’utilisation de l’effet flanger propre à Andreas Kisser sur des solos qui s’avèrent inutiles et laids. Que diable essayer de jouer les professionnels, l’imitation sera toujours mal vue aux yeux (et oreilles) du monde entier.

Un bon album? C’est trop dire, nous préciserons qu’il s’agit d’un bon album d’Ektomorf, car ce groupe est finalement destiné aux metalheads qui ne cherchent que du lourd accessible, trouvant que les poids lourds cités plus haut sont devenus bien trop techniques pour être accrocheurs, mais il va de soi que les quatre dreadeux méritent un soupçon d’attention de notre part cette fois-ci, ne serait-ce que pour les quelques titres montrant que le coeur y est vraiment, mais malheureusement cela ne suffira pas à en faire la surprise de l’année. Réservé aux inconditionnels de crossover.

Laurent.