Deathspell Omega – Paracletus

Genre: Black avant-gardiste                 ® 2010

Diantre, que vient-il de se passer durant ces trois derniers jours? Est-il possible qu’une force apocalyptique ait surgit du néant sans qu’on ne s’y attende, ayant pour motif la corruption de l’âme vers un monde où Satan et un froid glacial se serrent la main? Tout à fait, et elle se permet même d’avoir un patronyme: Paracletus. Je souhaite vous raconter une partie de l’expérience vécue cette nuit, de cet état d’âme qui m’était inconnu avant de tomber par hasard sur le dernier méfait des Bordelais.

Personne n’ayant eu le temps de me mettre en garde, la touche « lecture » fut enclenchée et dès lors, une vague frissonnante parcourue tout mon corps: l’ensemble était si chaotique et propre à la fois, jamais le seuil d’un tel univers n’avait été franchi, et c’est alors que mon estomac se noua en entendant des cris de souffrance et un spiritisme d’une telle noirceur qu’on ne peut que se replier sur soi-même pour tenter de redonner un sens à notre existence. A l’heure de l’écriture de cet article, l’album m’a quelque peu libéré de son étreinte, qui m’empêchait de bouger du coin de mon lit, et ce depuis hier après-midi. Impossible de fermer l’oeil de la nuit, il me fallait comprendre le sens d’un tel sacrifice moral.

C’est donc en souffrance que je réussis malgré tout un peu tard dans la nuit à déceler les qualités techniques de Paracletus: la sentence était portée par une musique avant-gardiste, où les plages instrumentales croisent les hurlements de Mikko Aspa. Si les passages en anglais sont insaisissables, ceux en français sont en revanche parfaitement clairs, on a même le droit à des marmonnements, histoire d’enfoncer le clou et de pousser l’auditeur au plus profond de son mal-être. On est pas très loin du masochisme, car malgré toute cette ambiance qui peut paraître déconcertante, on ne ressort pas indemne de ce cataclysme, ayant pris un malin plaisir à l’affronter jusqu’à l’aimer pour sa forme plus que pour son fond. Le combat fut rude, mais ce fut le meilleur combat de ma vie pour l’instant, bien plus bénéfique qu’un simple chagrin d’amour, car ici les réponses sont multiples.

Impossible de définir un fossé entre l’admiration et le mépris pour les poitevins de Deathspell Omega, et impossible de me résoudre à vous encourager ou non dans l’immersion de ce « truc ». Mais je me suis ordonné un jour de faire partager mon ressenti sur des albums qui allait procurer quelque chose de spécial. Une abomination ou une merveille, c’est le souffle haletant que je termine ce récit, car Paracletus, qui clôt une trilogie étendue sur six longues années, est unique en son genre,  il est l’album de black le plus intéressant qu’il m’ait été donné d’écouter à ce jour. Unique, vous dis-je.

Laurent.

Dakrya – Crime Scene

Genre: Avant-garde théâtral      ® 2010

L’expression « va te faire voir chez les Grecs » n’est pas toujours à prendre à la légère, elle peut même devenir bénéfique pour l’outragé, quand on voit ce que cache ce pays en pleine crise mais culturellement riche.

Car en se promenant un peu dans les bacs, il est fort probable de trouver aux côtés d’un Nikos Aliagas (star nationale des Hellenes) un album de Dakrya, orchestre de métal avant-gardiste qui ne semblait avoir de succès que dans son pays d’origine jusqu’à la sortie de Crime Scene, promu par le label anglais Sensory Records.

Sept membres, dont trois femmes et quatre hommes, composent ce groupe à la croisée des romans d’Agatha Christie, de l’univers d’Harry Potter, et d’un métal lyrique issu du théâtre, c’est du moins ce qu’on peut entendre sur Crime Scene. Et c’est donc face à un groupe un peu particulier qu’on à affaire, tellement particulier qu’il est difficile de s’y atteler après une écoute, c’est en forçant une deuxième que l’on discerne un peu les indices de la scène de crime, ce qui est tout à fait normal pour tout groupe d’avant-garde qui se respecte.

L’enquête commence avec « The Charlatans », qui de son métal clownesque, nous ferait presque rire aux éclats, car non loin du ridicule, mais un ridicule agréable et voulu par le groupe: pas de couplet ni de refrain, les riffs sont saccadés, la basse est groovy, les chanteuses Christina et Tomais sont plutôt élégantes et bien à leur place, chacune répondant à l’autre, et un passage au clavier reprenant un célèbre morceau bien connu des chapiteaux viendra scinder le morceau, rien de plus.

Après avoir ri ou mal pris la chose selon notre humeur, il est temps de découvrir une forme plus « sérieuse » des grecs: « Blind Man’s Bluff » est plus structurée, et laisse davantage les guitares s’exprimer au niveau des mélodies, un peu plus dans un esprit Agatha Christie période halloween cité plus haut, les fausses pistes commencent ici.

Si certains morceaux sont directement accrocheurs de par leur côté décalé mais tout à fait bien construits (« Scaremongering » et sa mélodie de guitare agaçante qui s’accapare notre esprit; « Phantasmagoria » nous amène tout droit dans les couloirs de Poudlard -pour les connaisseurs- avec son clavier qui est définitivement l’élément marquant du groupe; « Camouflage »), d’autres laissent l’auditeur sur sa faim, car au-delà de toute cette fantaisie, il est quand même bon d’avoir affaire à du vrai métal. Hélas, « The Urban Tribe » n’est pas intéressante pour un sou avec ses guitares en retrait, et on se demande ce que le septuor a voulu nous montrer sur « Inertia », à part un titre qui tourne en rond, merci l’inertie.

Le titre « Dramatis Personae » est légèrement plus sombre que le reste de l’album et devient pour le coup le plus intéressant des neuf. Non pas qu’il soit un résumé du reste mais il y a ce petit côté prog qui va finalement montrer que le groupe a un certain talent.

Crime Scene n’est pas un vraiment un album à savourer pour sa technicité presque inexistante (mis à part la performance plutôt convaincante de la chanteuse et le clavier qui joue un rôle important dans l’ambiance générale, pas de solis ni de rythmique martelante, pas d’envolées instrumentales mémorables) mais pourrait bien accompagner quelques soirées déguisées de clowns dans le manoir du comte Dracula. Si vous avez envie d’écouter quelque chose qui sort du lot, tentez le coup, l’expérience sera suffisamment drôle pour ceux qui voudront bien accepter la recette. Experimental, oui, technique, non, le terme approprié serait plutôt « atypique ». Il ne lui reste plus qu’aux Athéniens de se montrer moins gentillets la prochaine fois, et le jeu en vaudra vraiment la chandelle.

Laurent.

The Young Gods – Everybody Knows

Genre: Post-indus                                  ® 2010

Nos petits suisses préférés n’en ont pas fini de nous servir la crème de la crème. Le groupe de Franz Treichler (chant, guitare) ne nous a jamais déçu dans son long parcours, avec onze albums tous plus surprenants les uns que les autres, évoluant au fur et à mesure de l’indus pur (L’Eau Rouge, 1989) jusqu’au très rock’n’roll Super Ready/Fragmenté (2007) en passant par le très électronique Second Nature (2000), l’ambient Music for Artificial Clouds (2003) et l’acoustique Knock on Wood (2009). Les « jeunes dieux » sont devenus au fil du temps une référence auprès du public métal, même si les guitares se veulent généralement discrètes.

Cette nouvelle galette des Fribourgeois est un parfait medley de ce qu’ils ont pu faire jusque là: expérimentations électroniques, accoustiques et ambient qui s’accordent comme papa dans maman. Il semblerait d’ailleurs que le titre de l’album soit tiré des paroles d’un des titres les plus marquants du groupe, « Kissing the Sun » (Only Heaven, 1995), le groupe préserve le mystère dans la jaquette mais il est peu probable que cela soit une coïncidence. Comme si le groupe s’était inspiré de ses propres bébés en leur redonnant une couleur inédite, toute fraîche. Les paroles de Franz sont toujours aussi décalées mais jamais ridicules, car non-dénuées de subtilité (« Tenter le grillage »). En terme d’instrumentation, l’ensemble est plutôt hétérogène, c’est d’ailleurs l’album le plus diversifié du groupe et donc le moins direct, mais il est inutile de se creuser à tenter de cataloguer cet album, car The Young Gods fait désormais plus que de l’indus, il a inventé un univers propre à sa religion. Et c’est pourquoi on ne peut que s’agenouiller face à un tel engouement.

8,5/10

Laurent.