Instigateur du « big beat » aux côtés de ses compatriotes british de Prodigy et Chemical Brothers, Quentin Leo Cook alias Fatboy Slim fait partie de ces artistes qui ont contribué à l’avancement de la musique électronique durant les 90’s. Après s’être fait remarquer avec le très funky Better Living Through Chemistry (1997), le Fatboy connaît la consécration avec le multi-platiné You’ve Come A Long Away, Baby, véritable concentré de tubes plus percutants les uns que les autres. On se rappelle de cette mascotte hors-du-commun, ce personnage obèse dans le clip de « Right Here, Right Now », également présent sur la pochette.
Plus qu’une simple répétition de gros beats, le mix des genres est devenue la marque de fabrique de Fatboy Slim. Ainsi autour de cette grande table, on trouve une pincée de rock (le mégatube « The Rockafeller Skank », « Build It Up, Tear It Down »), un soupçon de hip-hop (« Gangsta Trippin' » et ses allures de beastieboysiennes, « You’re Not From Brighton » avec son petit clin d’oeil à Cypress Hill), des traces de la funk du précédent opus (« Fucking In Heaven », « Praise You ») et une bonne louche de psychédélisme (« Kalifornia », « Love Island », « Acid 8000 »). « Right Here, Right Here » reste à ce jour un des titres les plus indéfinissables de l’artiste et c’est bien pour ça qu’on se rappelle de lui.
En s’inspirant d’univers assez différents, le Fatboy a autant séduit les créateurs de spots publicitaires que les patrons de boites de nuit. Deux albums seulement lui auront suffit pour imposer son style, et même le superbe Halfway Between The Gutter And The Stars paru deux ans après ne parviendra pas à apporter autant de nouveautés malgré des titres d’une richesse impressionante. Un disque à jamais encré dans nos esprits.
Que représente Muse aux yeux du monde en 2012? Un trio de musiciens talentueux complètement paumé après avoir tant donné sur ses deux premiers albums ou au contraire, utilisant son génie pour faire ce qu’il lui plaît tout en essayant de faire avancer les choses? Un peu des deux. Il faut dire que chaque album de Muse a fait impression, souvent de manière négative à partir de Black Holes & Revelations (2006) car délaissant le rock progressif nerveux au profit d’horizons parfois très (trop) pop et symphoniques. Les gros riffs sont passés au second plan, ce qui n’a pourtant pas empêché les deux dernières oeuvres d’apporter du frais, quelque soit l’avis de la critique. Muse est un OVNI musical, c’est un fait. Personne ne sait à quoi s’attendre les semaines précédents la sortie d’un album du trio britannique.
Matthew Bellamy évoquait il y a environ deux ans que The 2nd Law, qui ne portait pas encore de patronyme, serait imprégné de la culture asiatique. Après le flamenco (BHR) et le r’n’b (« Undisclosed Desires » sur Resistance), on s’attendait donc à voir arriver un peu de sitar, de shamisen, de gong ou de sheng histoire d’oublier l’épisode électro-musique « commerciale » contemporaine un peu fade de l’avant-dernier album. Mais non. Une fois de plus, le trio a suivi son instinct et pondu pour le coup l’opus le plus soft de sa carrière. Pour la première fois, pas de limite metal, mais une avalanche d’effets spéciaux visant un son imposant et des titres chargés en mélodies. Un premier extrait, tiré de « Unsustainable », apparu au début de l’été dernier, laissait prétendre une direction résolument dubstep, à notre grand désarroi. Fort heureusement, il sera le seul titre issu de la culture Skrillex dans The 2nd Law. Vint ensuite « Survival », composé pour les J.O, sorte de Queen version 2012 beaucoup plus évocateur et rassurant avec des choeurs bien ficelés, sans conteste l’hymne rock des grandes vacances. L’ouverture « Supremacy » est agréable à écouter, mais ne représente pas le meilleur exemple de l’évolution de Muse, contrairement aux deux morceaux suivants, l’un évoquant George Michael (« Madness », pompeux au premier abord puis finalement bien intégré malgré une certaine platitude) et l’autre Prince (« Panic Station », LE tube de The 2nd Law, bien funky). Quasiment absente sur les deux disques précédents, l’influence majeure qu’est Radiohead revient de plus belle (« Animals », « Explorers » à la mélodie rappelant fortement celle de « Invincible » sur BHR), comme quoi il est souvent difficile de tirer un trait sur le passé. Pour en revenir aux nouveautés, celle-ci ne concerne pas le son mais plutôt l’engagement de Chris Wolstenholme en tant que compositeur-interprète de deux chansons, la rythmée « Liquid State » et la plus calme « Save Me » que la pourtant belle voix (plus que celle de Bellamy?) ne parvient pas à étouffer une certaine mollesse. Avec cette dernière, « Follow Me » et « Big Freeze » rejoignent le clan des pistes sans grand intérêt, peu riches en accroche. On commence à avoir l’habitude de ce genre d’écart avec Muse, donc au lieu de cracher sur ces morceaux, on les laisse défiler sans vraiment les écouter.
Encore une fois produit par le groupe lui-même, The 2nd Law n’échappe à aucune règle: de la musique radiophonique mais non-dénuée de qualités. Le section rythmique Dominic Howard/Chris Wolstenholme se fait souvent petite et pourtant, on ne peut que saluer une partie du travail accompli. Une pochette pas forcément attirante, mais cachant tout de même une série de surprises qui devrait satisfaire les amateurs du Muse novateur, celui qui emmerde les critiques et les fans n’ayant toujours pas compris pourquoi il n’y a pas de Showbiz#2 dans les bacs. Plus soft mais moins « tout public » que The Resistance, voilà ce qui me permet de dire que le trio londonien n’a pas sorti son pire album. Loin de là.
Quoi de mieux que d’avoir un catcheur derrière le micro pour faire des morceaux… catchy? D’accord, cette boutade fût nulle à chier, soit tout le contraire de ce groupe constitué à l’origine des musicos de Stuck Mojo et de la star du catch Chris Jericho dont j’ignorais totalement le talent de chanteur avant la sortie de All That Remains, considéré peut-être à tort par moi-même comme étant leur premier véritable album, les deux précédents étant en majorité composés de reprises, excellentes soient-elles.
Au fait, pourquoi ce patronyme, Fozzy? Parce que Jericho a quasiment la même voix que le Prince Des Ténèbres ? En réalité, on s’en moque complètement, car la fusion entre cette voix nasillarde et la puissance de feu made in Stuck Mojo est tout bonnement monstrueuse. Rich Ward reste à ce jour un de mes guitaristes préférés, et ce n’est pas pour rien : si vous cherchez du riff qui tâche et qui fout des frissons, renseignez-vous sur la carrière du monsieur. Après avoir crée leur propre label, Ash, le combo autoproduit l’album sous celui-ci en se fixant une règle : pas de remplissage, que de la qualité! Ceci peut paraître légèrement grossier mais quand on voit le résultat, on ne peut que se réjouir d’une telle assiduité. Dix titres pour quarante minutes, c’est largement suffisant pour nous laisser le temps de recevoir dix bonnes baffes.
En plus d’être de sacrés musiciens, les Fozzy se sont permis de faire appel à de grosses pointures pour varier un peu les tendances: Myles Kennedy (Alter Bridge) qui pousse des cris sur «Nameless Faceless», Zakk Wylde sur «Wanderlust», Mark Tremonti (Alter Bridge) pour un solo sur «The Way I Am», Marty Friedman (ex-Megadeth) pour un solo sur «Born Of Anger», et le rappeur Bone Crusher qui impose sa voix de baryton sur «It’s A Lie». Rien que ça.
2005 fût l’année de la consécration pour Fozzy. Plus de 100 000 exemplaires écoulés de ce qui représente à mes yeux le summum de leur créativité avec le non moins énorme Chasing The Grail (2010). Un disque à ne surtout pas oublier et à écouter sans modération. En somme, une tuerie.