Manitas De Plata

Genre: flamenco/musique tzigane

Les Dieux de la guitare ne sont pas exclusifs au heavy metal, et ça on le sait depuis que Django Reinhardt a popularisé le jazz manouche. Associé au flamenco depuis la moitié du XXè siècle, il a permis à la guitare dite « flamenca » de s’exprimer en solo sans accompagnements de cuivres et de percussions propres à la musique tzigane. Parmi les virtuoses de la guitare flamenca, on trouve Sabicas, Carlos Montoya ou Manitas De Plata, ce dernier étant celui qui a le plus attiré mon attention.

Pour une fois, il ne s’agit pas de donner un avis sur un disque mais plutôt de présenter l’artiste lui-même et de vous inciter à vous pencher sur quelque chose de moins populaire chez les jeunes. Attention, Manitas De Plata est une référence du flamenco contemporain, il est celui qui a vendu le plus d’albums de ce genre musical dans le monde, sauf que son nom n’apparaît que trop rarement dans des dicussions sur la musique. A 90 ans au compteur, « l’homme aux petites mains d’argent » continue les représentations dans la région Languedoc-Roussillon -sa terre natale- avec un style inchangé depuis qu’il a découvert Django Reinhardt et tenté, en vain selon lui, de marcher sur les traces de son idole. Mais Manitas n’a rien à envier à son maître spirituel parce que seul, la guitare à l’épaule, il parvient à mettre l’ambiance en enchaînant à une vitesse folle les pulgar et les hammers, techniques utilisées fréquemment dans le flamenco et même dans le heavy metal. Chaque morceau est technique, beau, entraînant, sans artifices et enregistré en une seule prise, si ça ne tient pas du virtuose, où va le monde? Yngwie Malmsteen peut aller se rhabiller -bien que je ne remette pas en cause sa virtuosité, son style est de plus en plus pompeux au fur et à mesure des années- car Manitas a le don de charmer à la moindre note jouée. Quelques fois accompagné d’un chant et/ou de percussions en arrière-plan, le style de Manitas est unique et ne donne jamais l’impression de revivre deux fois le même moment.

A écouter sur une plage autour d’un feu ou en passant la serpillère, peu importe tant qu’on se laisse porter par cette musique douce et entraînant. Allez hop, tous à vos guitares -moi le premier- car il y a encore du boulot avant d’atteindre un dixième de son niveau. Respect, monsieur De Platas.

Laurent.

Motörhead – Ace Of Spades

Genre: heavy rock’n’roll              ®1980

Des albums qui ont traversé des décennies, il y en a un paquet, mais combien ont autant influé sur le heavy metal que Ace Of Spades?  Tous ces groupes de heavy speed ainsi que le thrash metal lui doivent autant qu’aux premiers Black Sabbath et Judas Priest donc qu’on aime Motörhead ou pas, on ne peut remettre en cause son statut de classique. D’ailleurs quel amateur de musique à sensation n’aimerait pas la bande à Lemmy? Ce gros rock’n’roll réunit metalheads et rockeurs tout court, ça joue fort et ça vient des tripes avec seulement une guitare, une batterie, une basse et un chant qui pue autant l’alcool que la clope. Trente-cinq ans que ça dure ans en espérant avoir un prolongement d’au moins dix bonnes années, car si la musique des Britanniques n’a que très rarement muée, on a plaisir à voir un groupe qui respecte une certaine ligne de conduite tout en sachant pondre des hymnes identifiables. Voilà pour le blabla.

A l’époque de la sortie de Ace Of Spades, les postes de batteur et de guitariste étaient occupés par Phil Taylor et « Fast » Eddie Clarke respectivement. Enregistré aux studios Jackson en un mois, cet album est né d’une bonne ambiance entre les membres où les fous rires ne cessent de modifier les structures de chaque chanson. La situation semble tellement ridicule que le groupe décide d’enregistrer certains morceaux en une prise, mais un fou rire a raison pour la énième fois de « Fast » Eddie Clarke pendant le solo de « (We Are)The Roadcrew » qui va laisser place à un larsen devenu culte. Outre cet incident assez drôle quand on en connait l’origine, la qualité des morceaux de Ace Of Spades est irréprochable. Parmi eux se tient à la première place leur titre le plus adulée par les fans, « Ace Of Spades », véritable arme de guerre prête à faire exploser les tympans des plus téméraires. La production de Vic Maile est volontairement modeste afin que l’album soit le plus rock’n’roll possible malgré les nouvelles technologies désormais accessibles dans les studios.

Considéré comme un pionnier de la NWOBHM, Motôrhead est surtout un trio de rock’n’roll qui dit merde à la mode tout comme AC/DC -avec toutefois plus d’albums de qualité à son actif- dont les morceaux se réfèrent souvent aux mêmes gammes. Et malgré cet aspect qui appelle à la non-créativité, on aime, on adore, on adule Motörhead tout simplement parce qu’on a rarement entendu une musique aussi virile ailleurs. Ace Of Spades en est un excellent exemple aux côtés de Bomber (1979), Inferno (2004) et le très controversé mais chef-d’oeuvre à mes yeux Another Perfect Day (1983). A écouter les enceintes prêtes à exploser.

Laurent.

Stevie Wonder – Songs In The Key Of Life

Genre: R&B/soul            ®1976

Faites place! Notre star du jour répond au nom de Stevie Wonder, il est donc question de se tenir à carreau face à ce parrain du R&B (l’ancien) et de la soul. Avec une tonne d’albums légendaires à son actif, cet aveugle de naissance fait partie des légendes de la musique descendantes de Ray Charles au côté de Marvin Gaye, James Brown, George Clinton ou Aretha Franklin. Et parmi ces oeuvres, il y a ce double album sorti en 1976 dont l’excellence en fait une des meilleures créations musicales des 70’s -opinion difficile du fait de la quantité de chef-d’oeuvre pondu pendant cette décennie- ou du moins le plus gros sacre de Wonder, Songs In The Key Of Life.

Quelle baffe, je vous raconte pas… enfin, il va bien falloir puisque c’est un devoir pour tout amateur de musique de savourer au moins une fois les 1h40 de soul, funk, R&B et autres styles de cet album. Songs In The Key Of Life possède des morceaux repris vint ans plus tard par des rappeurs -« I Wish » transformé en « Wild Wild west »  par Will Smith  en 1999 et « Pastime Paradise » remanié par Coolio en version gangsta rap en 1993- mais c’est surtout la diversité musicale qui frappe. Comment un artiste, avec autant d’influences, arrive-t-il à innover et tenir la route à ce point? Une réponse: Stevie Wonder. Les titres passent comme une lettre à La Poste qu’ils soient d’inspiration gospel (« Love’s In Need Of Love Today », « As », « Ebony Eyes »), funk (« Black Man » et « Sir Duke » qui révèlent l’inspiration première de Jamiroquai, « All day Sucker »), pop (« Have A Talk With God »,  « Village Ghetto Land », la ballade « Joy Inside My Tears ») et même rock progressif (« Confusion » également très funky). Rien de chiant, que du talent, les morceaux sont tous sublimes et c’est un « rockeur » qui vous le dit.

Quatre Grammy Awards dont album de l’année 1976 pour Songs In The Key Of Life. Plus fort que Rocks d’Aerosmith, que Leftoverture de Kansas, que Johnny The Fox de Thin Lizzy, que Rising de Rainbow, que 2112 de Rush, que Destroyer de Kiss, que Hotel California des Eagles, A Day At The Races de Queen ou The Ramones des Ramones.  Ca ne vous fait pas trop mal aux dents? Ils sont tous des chef-d’oeuvre mais cet album a amplement mérité sa place en pôle position. Délicieux et même…orgasmique.

Laurent.