Led Zeppelin – Led Zeppelin

Genre:Hard/blues                   ®1969

Le père de la chimie moderne, Antoine Lavoisier, a un jour prononcé une phrase devenue culte: « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». S’appliquant à toutes les sciences existantes, cette maxime aura également été utile pour définir le pourquoi du comment des plus grands bouleversements artistiques du XXè siècle, notamment en ce qui concerne la musique. Si on sait que le blues a une origine afro-américaine, on sait aussi que le hard rock en est une des évolutions puisqu’il aura suffit d’en prendre la base et d’y coller une guitare lourdement saturée, et la légende veut que les Londoniens de Led Zeppelin en soit l’un des plus gros précurseurs avec Deep Purple, les deux étant inspirés également par les expérimentations soniques du dieu Jimi Hendrix.

En 1968, les Yardbirds se séparent. Les anciens guitaristes, Jeff Beck et Eric Clapton ont chacun leur groupe et s’orientent vers un blues plus électrique. Jimi Page quant à lui, ne tarde pas non plus à reprendre les choses en main en recrutant ce qui sera la formation mythique de Led Zep’: John Paul Jones (basse), John Bonham (batterie) et Robert Plant (chant). En se mettant immédiatement au boulot, les quatre amis ont déjà un album de prêt en octobre 68! En seulement deux jours, Led Zeppelin (« I ») est enregistré en live et il ne reste plus qu’à Page de fignoler les overdrives pendant quelques jours. Janvier 69, l’album sort mais ne sera écouté que trente années plus tard par le plus mauvais chroniqueur musical au monde: moi.

Et il n’y a pas à chier. Au-delà de cette pochette représentant la catastrophe du dirigeable Hindenburg et de la complexité apparente due à ce mélange de gros son saturé et de guitare sèche se cache en fait une musique harmonieuse et tout à fait accessible. C’est un titre rock’n’roll, « Good Times Bad Times », qui ouvre le bal avec un jeu de batterie hors-norme et une successions de riffs assassins sur lesquelles les solos déferlent et Robert Plant se déchaîne. L’aura Led zep’ nous envahit dès les premiers accords pour ne pas nous lâcher une seule fois durant ces neufs morceaux. Le rock psychédélique, en pleine effervescence à partir de 67-68 se reflète par exemple dans une des plus célèbres compos du groupe, « Dazed And Confused » et son rythme progressif et hypnotique. Les influences blues de Page surgissent  sur  « I Can’t Quit You Baby » ou la reprise de Willie Dixon « You Shock Me », tandis que l’esprit pop de « Your Time Is Gonna Come » embrasse le folk avec la reprise de Joan Baez, la magnifique ballade « Babe I’m Gonna Leave You » et l’instrumental « Black Mountain Side » aux sonorités orientales et celtiques apaisantes. Ceci traversé, il ne reste qu’à laisser nos tympans vibrer au contact du nerveux -et proto-punk- « Communion Breakdown » et enfin sur le final jazzy « How Many More Times », qui annonce les prémices du heavy métal en se remettant dans le contexte de l’époque.

Il reste néanmoins un éternel débat sur lequel je tiens à participer: Led Zep’ était bel et bien un groupe novateur ou Jimi Page n’a fait que piocher dans des titres à droite à gauche pour les transfigurer à sa manière? Voilà ce que je pense: les deux propositions sont probables, mais le seul fait d’avoir écouté Led Zeppelin dix-mille fois et d’avoir joui dix-mille fois ne peut laisser place aux « on dit ».  Quoiqu’il se soit passé, les Led Zep’ ont contribué à l’avancée du hard rock en étant plus malins et/ou plus talentueux que les autres et nous ont offert des albums parmi les plus beaux de l’histoire de la musique (vision totalement subjective et assumée).

Laurent.

Smashing Pumpkins – Oceania

Genre: rock alternatif              ®2012

A juste titre, Billy Corgan a-t-il encore le droit de continuer sa carrière sous le nom de Smashing Pumpkins? Seul rescapé d’une des plus grandes machines infernales des années 90, le chanteur/guitariste à la voix de canard authentique joue depuis plus de vingt ans les bourreaux avec les musiciens qui l’entourent, estimant être le seul et unique propriétaire de la marque SP. Un génie insupportable devenu la raison principale des départs successifs de ses camarades et dont l’ultra-ego se répercute aussi sur la qualité des albums succédant au chef-d’oeuvre Mellon Collie & The Infinite Sadness.

Annoncé par Corgan himself comme étant « le meilleur album depuis 1995 », Oceania est le septième album studio, succédant à Zeitgeist dont le retour en force eût été convaincant mais pas non plus tonitruant. Initialement, ce dernier bébé devait sortir de la même manière que les 44 titres de Teargarden By Kaleidyscope à savoir en téléchargement gratuit mais il semble que le format CD dans les bacs soit revenu au goût du jour. Enregistré dans le studio de Billy Corgan et produit par le frontman, Oceania est une nouvelle fois l’oeuvre d’un homme qui tient les ficelles mais qui n’empêche pas The Smashing Pumpkins de sonner comme un vrai groupe.

Plus que jamais accroché à ses racines, Billy Corgan a composé treize titres qui demandent un certain nombres d’écoutes successives. Beaucoup attendent surement un retour aux guitares nerveuses et grungy des trois premiers opus, moi y compris, et c’est sur ce bon point que débute Oceania avec « Quasar » et « Panopticon », deux pièces qu’on aurait pur retrouver sur Zeitgeist mais dont la frénésie renvoie directement à Gish ou Siamese Dream. Pour la suite, il faut se contenter d’une ambiance oscillant entre les plus doux morceau de Mellon Collie…(« The Celestial », « Pale Horse ») et l’éléctro-pop de Adore (« Pinwheels », la passable « Violet Rays ») avant que l’électricité ne redonne ses lettres de noblesse au rock alternatif avec l’enjouée « The Chimaira » et « Glissandra » qui remet au goût du jour les influences shoegazing (My Bloody Valentine) de Corgan. On pense également au projet Zwan à travers des morceaux mélangeant mélodies pop et soft rock comme « One Diamond, One Heart » ou « My Love Is Winter ».

Ne portant pas l’aura d’un futur album culte, Oceania correspond cependant à l’étiquette promotionnelle que lui a collé son frontman avant sa sortie. Avec de l’excellent et du moyen, ce nouveau cru est ce que les Smashing Pumpkins ont fait de mieux depuis 1995 et mérite qu’on s’y intéresse. Réservé aux fans qui ont la patience d’écouter des albums pas forcément bien équilibrés mais riches en subtilités.

Laurent.

Iam – L’Ecole du Micro D’Argent

Genre: rap français              ®1997

Attention, les Samouraïs de Marseille envahissent nos contrées armés de leurs sabres dans l’unique but de couper court aux préjugés envers le rap. Non en vérité, cette tâche m’a été attribuée puisqu’en tant que métalleux ayant toujours refusé de vivre dans l’intégrité, le sujet ne m’est pas inconnu. Et en ce qui me concerne, il n’y a pas meilleur exemple que le troisème album d’Iam, L’Ecole du Micro D’Argent pour démontrer ô combien les débuts du rap français étaient d’une qualité cent fois supérieure à celle de la plupart des productions récentes. Succédant au culte Ombre Est Lumière (1993) dans lequel on retrouve les ultra-tubes « Le Feu », devenu hymne pour stades et « Je Danse Le Mia », qui a popularisé avec la Fonky Family le rap funky typique des rappeurs marseillais, une alternative au son plus brut des Parisiens.

Fin 1996, Akhenaton, Shurik’N, Kheops, Freeman, Kephren et Imhotep s’envolent pour New-York afin d’enregistrer l’album de la consécration aux Studios Greene Street. Dénué des influences funk qui ont fait le succès du groupe, L’Ecole Du Micro D’Argent marque un tournant frappant et révèle un groupe au talent insoupçonné, confirmant pour le coup son statut de référence du rap français. Plus marqué par les claviers que par des scratchs intempestifs et des rythmes dansants, ce troisième opus s’attaque à des sujets sérieux comme la prostitution (« Chez le mac », « Elle donne son corps avant son nom ») ou plus généralement les mauvais côté de l’Homme (« Regarde »,  « L’Enfer » sur lequel ont été invité Fabe et le défunt East, « Un Cri Court Dans La Nuit » abordant les histoires de meurtres nocturnes avec leur ami Nuttea). Malgré le penchant plus sombre de ce disque, le groupe n’a pas délaissé l’humour qui le caractérise: « Quand tu allais, on revenait » dénonce le piètre talent de certains MC’s et « L’Empire Du Côté Obscur » balance des vérités en faisant référence à l’univers de Star Wars. Côté émotion, trois titres remplissent parfaitement leur mission: « Petit Frère » où ShuriK’N et Akhenaton résume les déboires de la jeunesse urbaine, « La Saga » qui retrace aux côtés de trois gus du Wu-Tang Clan (Dreddy Krueger, Timbo King et Prodigal Sunn) leurs premiers pas dans le rap et ce qui est pour moi et beaucoup d’autres la meilleure chanson de cet album, « Demain C’est Loin », qui du haut de ses neuf minutes dresse un portrait terrifiant de la « vie de banlieue ».

Album aux paroles aussi percutantes que les instrus qui les accompagnent, L’Ecole Du Micro D’Argent impose sa marque dans le milieu du hip-hop et devient disque d’or seulement deux jours après sa parution. Deux récompenses lui sont attribuées aux Victoires de la Musique, ce qui renforce le respect de millions de fans venant d’horizons musicaux diverses. Une oeuvre charnière, maintes fois imitée mais jamais égalée.

Laurent.