Crystalic – Persistance

Genre: Heavy-Death                 ® 2010

Douze ans de carrière, deux albums. Chaque chose en son temps, Crystalic est le genre de groupe qui prépare doucement le terrain avant d’être sûr de savoir dans quoi il met les pieds.

Watch Us Deteriorate revisitait sans vraiment faire dans le plagiat les débuts du Death mélodique instauré par At The Gates et In Flames (c’est toujours bon de le redire) et même le savoir-faire du haut-de-gamme Chuck Schuldiner, mais souffrait d’un chant bien trop linéaire, pas assez death pour ainsi dire, pour un rendu qui fut pour le coup plus assimilé à un heavy des plus basiques qu’autre chose.

Surement déçu des résultats de son premier rejeton, le groupe finnois décide de se séparer de son principal fauteur de troubles, Moberg, qui laissera place à un autre inconnu du bataillon, Lasse Heinonen. Et c’est alors à notre plus grande joie que débarque un Crystalic tout frais en 2010. Inutile de tergiverser davantage, ce nouveau vocaliste n’a strictement rien à voir avec son prédécesseur: son growl est puissant, et les quelques passages de chants clairs sont impressionnants de sincérité et de justesse.

Voilà qui réchauffe les coeurs, car on tient enfin entre les mains un death mélodique des plus ravageurs. Persistence marque une évolution considérable de Crystalic dans la qualité de ses compositions, qui sont beaucoup plus variées que sur son prédécesseur. Grosse production qui ne vise pas à en mettre plein la vue, mais juste à appuyer la précision du jeu de chaque membre qui apporte sa touche personnelle pour une démonstration conséquente.

« Sub-Creatures » ouvre le bal avec une intro acoustique de toute beauté pour ensuite balancer une purée compacte et délicieuse, encore très heavy dans l’ensemble mais diaboliquement orchestrée. Puis virage avec le black/death « Throne of Sin » avec apparition du chant clair qui n’a absolument rien de ridicule car volontairement mis en retrait, plutôt bien réfléchi pour une fois. En gros, l’album est constitué de cette formule: des morceaux plus heavy (« Voiceless Army », « Wall of Sanity ») et d’autres plus death (« Lord of the Mourn », « New Time ») histoire qu’il y’en ait pour tous les goûts.

« Eulogy », de sa magnificience impose une détente méritée dans toute cette énergie avant que « Blastbeat Of My Heart » ne nous replonge immédiatement dans cette brutalité contrôlée, et ce jusque « Too Dark To See » au nom évocateur, qui clôt l’album sur neuf minutes d’un Death mélodique majestueux.

Une bonne chose de faite! Crystalic s’est donné les moyens de reconquérir le public en s’éloignant de la rondelle de ses aînés cités plus haut pour se rapprocher discrètement de Dark Tranquillity, notamment en intégrant un clavier en fond sonore sur certains titres (« The Flame »).

Remercions ce nouveau chanteur de taille et les guitaristes d’apporter les touches essentielles à l’identité du groupe, pas toujours flagrante mais quand on est saisi par une mélodie, il est possible de faire fi sur la réelle position du groupe dans toute cette métalorgie. Très bonne surprise.

7,5/10

Laurent.

 

The Fresh and Onlys – Play It Strange

Genre: Garage-psyché                              ® 2010

Tim Cohen, ce patronyme vous dit-il quelque chose? Cet hyperactif qui ne vit que pour sa musique, si bien qu’il sort un album tous les trois mois, tant sous la houlette de son projet solo (Tim Cohen) que de The Fresh and Onlys, dont Play It Strange est le troisième. En l’espace de deux ans, le groupe à donné un souffle nouveau à un mouvement garage jugé ringard pour le XXIè siècle.

On pense beaucoup à des groupes comme Jefferson Airplane, Love ou même les Doors (le titre d’ouverture « Summer of Love »)  ici. La prod’ est bien plus souple, et les mélodies sont d’une élégance rare.

Difficile de ne pas comparer le tout avec ses homologues de The Coral, malgré une inspiration bien plus prépondérante que ces derniers. Des titres entraînants et énervés, à l’image de « Waterfall » et  « Tropical Island Suite », des pop-psyché songs accrocheuses comme « I’m All Shook Up », « Be My Hooker », « Fascinated », on pourrait citer tous les morceaux de Play It Strange comme étant majestueux.

Aucun bémol sur cet album, les titres courts et  le chant légèrement en retrait ne rentrent jamais dans le cliché, l’instrumentation est typée garage sans être vraiment brouillon. La bande à Cohen à privilégié la mélodie au bordel crado et puéril mais jouissif de leur premier album Peacock & Wing. Un groupe qui monte, et qu’on serait ravi de voir l’énergie sur scène.

8/10

Laurent.

UnSuN – Clinic For Dolls

Genre: Gothic-Métal mélodique          ® 2010

En vue d’un grand nombre de groupes évoluant actuellement dans le style « métal à chanteuse », la recherche de la perle rare devient un exercice complexe, la raison est bien souvent le manque de personnalité sonore, dans la voix comme dans l’orchestration.

Il y a deux ans, l’ex-Vader (excellent groupe de Brutal Death) Maurycy « Mauser » Stefanowicz change de registre en créant avec sa femme Anna « Aya » Stefanowicz un groupe de métal gothique. Le premier album The End of Life (2008) est enregistré rapidement, mais ne parvient pas à convaincre des masses, faute de diversité.

Clinic for Dolls est donc la nouvelle galette du combo polonais. Avons-nous à subir un « The End of Life 2? » Bien sûr que non. Les rythmiques sont puissantes, la production est bonne, les refrains accrocheurs et on a droit à quelques solos pas mémorables mais bien placés cependant. La voix d’Aya est toujours dans un registre « pop », ce qui donne une touche moderne à l’ensemble, et les blasts de batterie apportent une touche extrême bien appréciable, « The Lost Way » est une parfaite mise en bouche pour une succession de « tubes » potentiels comme « Clinic for Dolls » ou « Not Enough ». Bonne nouvelle également, la balade « The Last Tear » est la seule dans cet album, fort heureusement quand on sait ce qu’évoque ce genre de morceau à part un ennui profond. « I Ceased » rattrape le coup par sa rapidité et l’émotion dégagée par Aya, une des meilleurs compos du groupe. « A Single Touch » est la plus pop, mais l’émotion est toujours là, on se laisse tout de même emporter par ce côté plus accessible, qui écope également d’un gros soli de Mauser. Et pour finir, on a le droit à un « Why » terriblement efficace et entêtant, LE tube de l’album.

Pari réussi pour ces polonais, Clinic for Dolls prouve que le groupe est bien plus qu’un ersatz des formations similaires tels Lacuna Coil, Nightwish ou Sirenia. Je conçois malgré tout que la voix d’Aya ne convainc pas tout le monde de par une juvénilité omniprésente, le contraste entre cette voix et des riffs de guitare assassins pourrait en désorienter plus d’un. Mais elle n’en reste pas moins juste et naturelle. Avec un nom très facile à retenir, UnSuN fera parler de lui pour ce méfait tout à fait honorable.

Laurent.