Rage Against The Machine – Rage Against The Machine

Genre: rap métal                     ®1992

Comme on dit, il y a un début à tout. Non pas que les RATM soient à l’origine du heavy métal ou du hip-hop, mais plutôt de la fusion officielle des deux. Officielle, oui, car quelques artistes comme Faith No More (« Epic »), Aerosmith (« Walk This Way » ft. Run DMC), Anthrax (l’ironique « I’m The Man » et « Bring The Noise » avec Public Enemy) et quelques autres s’étaient essayés à l’exercice quelques années plus tôt mais aucun n’en a fait son style de prédilection. Ainsi Tom Morello (guitare), Tim Commerford (basse),  Brad Wilk (batterie) et l’intrépide Zach De La Rocha (chant) vont, à eux quatre et sans artifices particuliers, révolutionner le Métal.

Politiquement engagés, proches de la gauche radicale, les Rage marqueront à jamais les esprits autant par ce son nouveau, groovy et aux sonorités de guitares inédites, que par les textes rageurs et extrêmement provocateurs de La Rocha, pointant du doigt un système alors rongé par le racisme et le capitalisme.

Pochette troublante, illustrant un fait réel datant de 1963: un moine vietnamien s’immolant par le feu pour dénoncer l’abus de pouvoir du gouvernement envers les bouddhistes. Le band de Los Angeles ne fait rien dans la demi-mesure, allant jusque hurler un « F**k you, I won’t do what you tell me! » sur la légendaire « Killing In The Name ». Les lascars ont pondu et produit eux-même dix morceaux issus de leurs tripes avant même d’avoir eut l’idée de révolutionner quoique ce soit. Le dérangé Maynard James Keenan, à l’époque où Tool n’était qu’un groupe de clowns comme un autre, s’invite même sur « Know Your Enemy ». On retrouvera « Wake Up » quelques années plus tard dans la B.O d’un film également révolutionnaire, Matrix, qui ne manque pas de nous rappeler (la B.O) ô combien le premier album de RATM est intemporel.

Mixé par le génie Andy Wallace (responsable d’à peu près tous les mix d’albums métal du continent nord-américain), Rage Against The Machine ne peut être critiqué pour son contenu, il ne s’agit que d’une histoire de goût: les puristes pensent que la fusion fait honte au métal, tandis que les autres y voient une avancée d’un genre gavé par le glam et le thrash. Un point d’encrage pour une génération qui s’apprête à exploser, celle de Korn, Deftones, Limp Bizkit et de leurs nombreux ersatz. Fini de jouer, il est temps de lever l’étendard et de crier au scandale, si les RATM l’ont fait avec peu de moyens, pourquoi pas vous?

Laurent.

Slayer – God Hates Us All

Genre: Thrash moderne         ®2001

Ce n’est un secret pour personne: depuis Seasons in the Abyss, la voie entreprise par l’un des plus violents et réputés groupes de thrash metal, Slayer, ne fait guère l’unanimité. Bien que Divine Intervention tenta de continuer dans cette brutalité tout en y incorporant un son plus heavy et moderne de manière exemplaire, c’est à partir de Diabolus in Musica que les choses se gâtent: le monde du Métal est surpris, de la mauvaise comme de la bonne manière, par le choix de Slayer de sonner « néo ». Sans Lombardo, exit les rythmes effrénés qui font saliver, et place à une rage (molle…) plus imprégnée du Hardcore. On aime ou on déteste.

Trois ans plus tard paraît l’album qui annonce un retour à la brutalité d’antan tout en suivant la voie tracée par Diabolus in Musica, God Hates Us All. Ce dernier marque la fin d’une collaboration de plus de quinze ans avec le producteur Rick Rubin, qui cède la place au moins connu Matt Hyde (Hatebreed, Sum 41) afin de laisser libre cours au guitariste fou Kerry King de composer la quasi-totalité de cet opus, et sera le dernier en compagnie de Paul Bostaph (ex-Forbidden, Testament) derrière les fûts.

A première vue, on pourrait reprocher à God Hates Us All de sonner comme son prédécesseur: des riffs parfois très heavy (« Exile », « Bloodline »), un arrière-goût de hardcore (« New Faith », « Payback ») et une approche presque néo-métallique parfois (« Threshold », « Deviance »). Slayer s’osbtine en effet à s’éloigner de ce qui a fait son succès, néanmoins il y a tout de même ce plus qui fait de God Hates Us All un vrai album de Slayer: la brutalité, beaucoup moins palpable sur Diabolus in Musica. Non seulement la production envoie du bois, mais les musiciens également, qui assènent l’auditeur de riffs de guitares droppés en B pour un son toujours plus lourd avec ce chant parfois pénible mais si typique de Tom Araya, dont la basse ne cessera quant à elle d’être autant en retrait. On se plaît à en prendre autant dans les oreilles avec des titres aussi rageurs que « War Zone » ou le fameux « Disciple », nommé aux Grammy Awards en 2002 même si bien entendu, rien ne nous exalte autant que ce que Slayer a pu faire jusque Seasons in the Abyss.

Décidément, le Big Four of Thrash n’aura cessé d’en surprendre plus d’un durant cette décennie des 90’s, que l’on peut étirer jusqu’en 2001-2002. Sans sonner aussi néo qu’il n’y paraît au bout de plusieurs écoutes, God Hates Us All est un concentré de violence qui n’a d’autre but que de faire headbanguer. Le succès ne répondra pas en revanche dans l’immédiat, car l’album sortit un certain 11 septembre 2001, le monde étant alors plongé dans d’autres préoccupations bien plus dévastatrices que ce huitième album studio. Il constitue néanmoins le cru le plus intéressant de cette période post-Seasons, non loin devant un Christ Illusion très classique mais peut-être pas aussi inspiré.
Bref, God Hates Us All est un bon album de Slayer.

Laurent.

Nine Inch Nails – With Teeth

Genre: rock industriel        ®2005

Cinq années séparent With Teeth de son excellent prédécesseur The Fragile, période ô combien difficile pour le seul membre permanent et génie Trent Reznor alors en totale dépression. Mais en 2005, l’Homme aux doigts d’or ayant repris du poil de la bête, il enregistre plus orienté rock que d’habitude et bien plus simple sans pour autant être simpliste, car With Teeth compte une belle tripotée de tubes dans sa tracklist. On pourrait qualifier ce quatrième album comme étant un mix entre la spontanéité de Pretty Hate Machine (1989) et l’éclectisme de The Fragile.

Toujours produit par Reznor, With Teeth écope d’un son moins synthétique en dépit des nombreuses sonorités industrielles assises sur une lourde section rythmique réalisée par Twiggy Ramirez (ex-Marilyn Manson) à la basse et la légende vivante Dave Grohl à la batterie sur la plupart des titres, tandis que la guitare préserve ce côté légèrement en retrait et crado propre à NIN. Du début à la fin, Reznor & cie emportent l’auditeur dans des morceaux qui n’ont pas vraiment grand chose en commun entre eux, que ce soit au niveau des morceaux pop (« The Hand That Feeds », « All The Love In The World », « Everyday Is Exactly The Same ») ou des morceaux plus industriels (« The Hand That Feeds », Only »). Chaque piste de cet opus a sa petite particularité qui le rend unique et fortement appréciable, pour un peu qu’on puisse encadrer NIN dans ce registre moins expérimental et torturé.

Moins marquant que ses prédécesseurs mais très loin d’être le disque le moins intéressant d’un artiste ne manquant que très rarement d’imagination, With Teeth reste néanmoins dans le créneau de l’indus et s’apprécie davantage pour ses ambiances que pour le peu d’expérimentations qui le parsèment. En gros, du NIN complètement dans le coup malgré les apparences, donc on ne peut qu’en redemander.

Laurent.