Ektomorf – Redemption

Genre: néo-thrash            ® 2010

Ektomorf aurait pu être une excellente marque de micro-ondes tant ce nom représente aujourd’hui un symbole de réchauffage. Seulement un an sépare Redemption de son prédécesseur bien fade What Doesn’t Kill Me qui n’a fait que confirmer que la bande à Zoltan n’apportait absolument rien de concret à la commnauté métal. Inutile de retourner le couteau dans la plaie en le désignant à nouveau comme un sous-Sepultura/ Soulfly, car les Hongrois ont décidé de faire un tout petit effort sur ce Redemption qui ne démontre encore aucune personnalité flagrante mais qui détient, en toute objectivité, quelques éléments efficaces grâce auxquels nous identifierons une évolution certaine.

Il n’y a pas 36 manières d’interpréter Redemption: d’un côté, on peut se fixer sur les clichés évidents que le groupe a toujours essayé, en vain, de nier, à savoir le pompage des références Néo-thrash que sont Soulfly et Machine Head, et dans ce cas là, l’album ne vaut pas un clou, mais ce serait terriblement plus facile que de se pencher sur la manière dont le quatuor puise dans ses influences. Car répétons-le, faute de la moindre identité palpable, la musique du combo est puissante, vitaminée et même groovy avec des titres représentatifs comme « I’m in Hate », « God Will Cut You Down » ou « Stay Away » qui s’inspire de la période fin 90 de la bande à Rob Flynn.

Et autre chose qui peut paraître comme une pâle nouveauté, Redemption est l’album le plus varié de cette « copiegraphie », parce qu’outre un banal mur de guitares rythmiques de 45 minutes, des morceaux inattendus comme le plus personnel « Sea Of My Misery » ou « Stigmatized », très inspiré des premiers Korn, insufflent une petite dose de nuance à cette ambiance que l’on assimilerait bien vite à ses prédécesseurs.

Mais ne nous enthousiasmons pas trop vite, on ne peut pas non plus passer à côté des bides que sont « Never Should », « The One » et « Revolution » qui sentent beaucoup trop le superficiel. Et tiens que j’essaye de reprendre les breaks lourds et les effets vocaux de mes références que je démens; l’auditeur s’énervera même en entendant tout au long de l’album l’utilisation de l’effet flanger propre à Andreas Kisser sur des solos qui s’avèrent inutiles et laids. Que diable essayer de jouer les professionnels, l’imitation sera toujours mal vue aux yeux (et oreilles) du monde entier.

Un bon album? C’est trop dire, nous préciserons qu’il s’agit d’un bon album d’Ektomorf, car ce groupe est finalement destiné aux metalheads qui ne cherchent que du lourd accessible, trouvant que les poids lourds cités plus haut sont devenus bien trop techniques pour être accrocheurs, mais il va de soi que les quatre dreadeux méritent un soupçon d’attention de notre part cette fois-ci, ne serait-ce que pour les quelques titres montrant que le coeur y est vraiment, mais malheureusement cela ne suffira pas à en faire la surprise de l’année. Réservé aux inconditionnels de crossover.

Laurent.

Avatar – Avatar

Genre: Death mélodique               ® 2009

Est-ce une simple coïncidence ou une opération marketing que de sortir un album éponyme en novembre 2009, précisément deux semaines avant l’évènement mondial du même nom signé James Cameron? La question est inévitable, tout comme la procuration d’un nouveau bébé de ce groupe particulier.
Un groupe de Death mélo suédois qui n’est pas (plus) un plagiat d’In Flames ou de Dark Tranquility, on croirait presque au miracle, n’est-ce pas?

Après un Schlacht aux accents plus Métalcore qu’autre chose, les cinq barbares s’enferment dans les studio de Gain Music deux ans plus tard pour reprendre les choses là où Throughts of No Tomorrow les avaient laissées, et pondre ce qui sera l’album de la maturité. Retour donc à un métal certes plus tendre mais en outre plus digeste que son prédécesseur. Inutile de lésiner dans les éloges, Avatar frappe fort avec son album éponyme: son propre pour dix pistes qui n’ont pas été intégrées pour des histoires de remplissage, mais qui ont chacunes été le fruit d’une reflexion visant à donner une singularité à chacune.

Comment résister à ce tsunami de mélodies inventives, générées par deux guitaristes virtuoses et un chanteur exceptionnel, Johannes Eckerström, qui sait où placer son chant clair, à l’instar de Scar Symmetry mais sans les fausses notes. L’album se veut accessible dans le sens où la brutalité d’antan a laissé place à des morceaux comme « The Great Pretender », « Shattered Wings » et la démoniaque « Out of Our Minds » emplis d’une intensité qui fait de plus en plus pâle figure dans le genre. Même les deux minutes de death de « Pigfucker » ont leur place dans toute cette créativité aini que la moins puissante mais très rock’n’roll « Roadkill ». Et il n’est pas question de laisser filer « Lullaby(Death All Over) » qui est d’une beauté déconcertante.

Sans réels artifices, voici un groupe qui sait allier puissance rythmique et mélodie délicieuse. A vrai dire, tous les morceaux sont entêtants, soit par un chant modulé de manière a varier la donne, soit par une ligne de guitare qui va faire que… Il y a quelque chose non loin du génie qui pèse sur cet album, ni trop technique, ni trop conventionnel, on tient là une des pièces métal les plus intéressantes de cette période fin 2009-2010. Un vrai régal.

Laurent.

Obscurity – Tenkterra

Genre: Black/death viking        ®2010

Pourquoi chercher la lumière quand on peut être à l’aise dans l’obscurité? Nos yeux, aussi bien que nos oreilles, sont capables de s’habituer à un tel environnement, alors pourquoi ne pas s’intéresser au black/death celtic mélodique d’Obscurity?

Fondé en 1997, le teuton-band officiait à ses débuts dans un black pagan pur avant l’arrivée en 2003 de Cortez qui apportera sa touche mélodique. Souvent comparé un peu à tort avec Amon Amarth ou Immortal, Obscurity n’a pourtant pas grands choses à envier à qui que ce soit: morceaux rapides, gros son, chant en allemand toujours en guttural, et pourtant il y’aura toujours cette guitare lead de Corvez qui rend l’ensemble mélodique.

Tenkterra est leur cinquième album, sorti un an seulement après leur premier succès européen, Várar, un peu court de ses quarante minutes mais sans temps mort en revanche. Les guerriers ont produit eux-même leur rejeton, en compagnie de leur copain Bony des grindeux de Japanische Kampfhörspiele. Résultat: tous les instruments excepté la basse (décidément…) sont clairement identifiables.

Tout ceux qui comprennent à peu près bien l’allemand capteront que Tenkterra est un concept-album sur l’histoire de la Germanie à l’époque des Vandales et autres Goths. En fait ce n’est pas un point très important, car la musique à elle seule décrit les heures de gloire des ancêtres. Une sacrée histoire, en effet.

Le récit débute avec la colossale « Keltiwald », à la puissance démesurée et à la force épique stimulante. Il est l’heure de remonter le temps et de prendre part aux combats sanglants; pas de répit, on écrase tout sur son passage. Le côté mélodique est très présent et surtout très plaisant, car plutôt bien oeuvré. « Tenkterer », un peu plus black, mais toujours avec ce lead guitare efficace, enfonce le clou et nous montre avec son interlude à la guitare sèche vers la fin du morceau que nos cousins Germains (…) ont un talent indéniable.

Le groupe ne change pas tellement sa forme jusque « V Legion », plus heavy, plus classique, peut-être pas de la même trempe que le reste de l’album mais on appréciera ce petit changement qui ne ternit absolument pas sa saveur. Il y’a également « Grenzland » qui perd un peu de son sens épique, on a juste droit à un Death mélodique des plus banaux, mais Nezrac et Agalaz, s’échangeant des discours du genre « hors de question de laisser les pays limitrophes s’octroyer nos terres », apportent l’intérêt nécessaire pour ne pas zapper le morceau.
Le titre de fermeture, « Bergischer Hammer », est un titre lourd qui se démarque aussi de l’ambiance du début, mais surement plus intéressant que « Grenzland » musicalement parlant.

Pour résumer, Tenkterra est l’album le plus abouti du groupe, un hymne à la guerre d’antan, celle où seuls l’épée et l’arc donnaient lieu à des combats sans merci. Le seul bémol notable est la linéarité dans le chant, à cause de l’usage de la langue natale qui peut s’avérer rapidement gonflante après un déchiffrage pas toujours évident. Mais on tient bien là une pièce maîtresse de viking métal de l’année. Il est l’heure, les amis, d’aller chasser le sanglier à main nue et d’organiser le plus grand banquet de l’histoire avec Tenkterra en bande sonore. A posséder.

 

Laurent.