Tora Tora – Wild America

Genre: hard rock  ®1992

«T’auras-t’auras pas Tora Tora»… Une blague en guise de présentation du deuxième et dernier album (en fait, un troisième opus a été enregistré en 1994 mais l’écurie Polygram a convenu au dernier moment que l’album était trop hors du coup) d’un groupe de sleaze issu de la même ville que le King, Memphis, et dont le patronyme signifie «tigre» en japonais. On se souvient très bien de Surprise Attack! en 1989 et surtout de son tube «Love’s a Bitch» qui nous faisait découvrir un chanteur talentueux, le bon vivant Anthony Corder au second degré qui ne passe pas inaperçu.

Les vacances à la mer, les voyages en voitures, les Tora Tora auront vachement tourné dans le poste et plus particulièrement l’album Wild America, second oeuvre où les tigres ont opté pour un registre plus mature et moins provocateur, mais loin d’être déroutant. Les guitares sont encore plus présentes et le fun est toujours de mise, Corder est d’un charisme à tomber des nues et la pochette est vraiment réussie, c’est tel qu’à l’époque, même le Black Album de vous-savez-qui faisait pâle figure. Peu connue en Europe, cette formation avait pourtant tous les ingrédients nécessaires pour une carrière explosive, mais l’arrivée du grunge et autres genres de rock plus nerveux sont surement responsables de l’échec commercial de Wild America avant que le quatuor ne baisse les bras.

Et c’est bien triste, toute cette histoire, car cet opus est bourré de testostérone, de pépites énergiques qui auraient pu (du?) le hisser au sommet des charts. Pas innovant pour un sou mais d’une redoutable qualité sonore, où le groove porté par un duo basse/batterie d’enfer fait rage. Un tube placé en première place (comme tout groupe de hard qui se respecte), «Wild America», avec un refrain tueur qui fait taper du pied, suivit du riff de guitare puissant de «Amnesia», basique mais tout à fait délicieuse pour les admirateurs de Def Leppard ou Mötley Crüe, Tora Tora a puisé ses influences dans ce qui se fait de mieux en terme de hard: un peu de Tesla avec «Lay Your Money Down», une pincée d’Electric Boys sur «Shattered» et on se la joue Led Zep’ sur les ballades pour finir sur une «City of Kings» frénétique.

De retour en 2008, Tora Tora a repris les tournées et s’est même replongé dans les investigations de Revolution Day, l’album zappé de 1994 remasterisé et mis sur le marché l’année dernière.
Quoiqu’il en soit, Wild America a marqué une époque pour tout ceux qui eurent la chance de se dandiner dessus, un cocktail sentant fort bon les States et l’esprit road-trip qu’on aura façonné dans notre esprit sur les minables routes françaises (n’est-ce pas vrai?…) et qui du coup nous aura autant laissé de traces que les vacances elles-même. Un souvenir incroyable, un must du hard 90’s, à découvrir absolument pour les retardataires.

Laurent.

Nailbomb – Point Blank

Genre: thrash industriel         ®1994

Il y a des trucs de dingues qui nous arrivent dans la figure un jour ou l’autre. Que ce soit des lèvres pulpeuses, une gifle de maman ou n’importe quel disque de Max Cavalera avant 1996, certains événements vous apporte ce qu’il manquait à votre triste vie : une secousse morale qui sera décisive des choix qui la succéderont. Sans tourner davantage autour du pot, le projet monté par Cavalera et son ami Alex Newport de Fudge Tunnel, Nailbomb, est en partie responsable de mon addiction aux grosses guitares. En dépit de sa discrète sortie en France, Point Blank a tapé là où les albums de Sepultura n’avaient fait qu’effleurer mes petites oreilles d’écolier.

Qui aurait pu prédire qu’un jour Max Cavalera enregistre un album de métal industriel, pardon, de thrash industriel avec un son à décoller du scotch à moquette! Crachant à la figure des politiques responsables des guerillas urbaines, PB est un message avant d’être un album indus de plus. Personne n’a le droit de vivre moins bien qu’un autre et ça, Max l’a bien compris. La rage émanant de ce disque est d’une telle sincérité qu’elle en devient stimulante, on aurait presque envie de saisir le fusil sur la pochette pour le retourner sur la personne visant cette pauvre femme.

C’est clair qu’après s’être éclaté les cervicales avec l’assassin «Wasting Away», il n’est plus possible de faire machine arrière. A mi-chemin entre Ministry , le son de gratte de Chaos A.D et des structures à la Prong, Point Blank ne laisse pas de marbre et fracasse à coups de bûches les têtes les plus coriaces. Il est le genre d’albums qui, sur chaque piste, semblent ressasser la même sauce tout en proposant le petit détail qui va faire la différence: ça sonne purement thrash («Wasting Away», «Cockroaches» et son petit côté Chaos A.D, «24 Hour Bullshit»), ça sonne punk aussi (la reprise du «Exploitation» de DOOM, «Blind And Lost»), et ça sonne archi-méga bien indus (tous les autres titres).

De A à Z, Point Blank est un album de métal pur: pas d’arrangements, c’est crade, c’est violent et c’est chouette. Pas de tubes non plus car Nailbomb était tout sauf un projet à caractère «commercial» selon ses créateurs, et aujourd’hui avec la merveille Internet, tout le monde a accès à ce très bref épisode de la carrière de Max Cavalera (ce qui casse un peu le mythe du «-Tu me prêtes Point Blank de Nailbomb? -NON!»), alors foncez vous en mettre plein les oreilles, adeptes du «Sepultura, c’était mieux avec Max» ou pas.

Laurent.

St. Germain – Tourist

Genre: nu-jazz     ®2000

On connaît le béguin des compositeurs français de musique électronique pour le disco (Daft Punk, Justice) et la funk (Cassius, Supermen Lovers), mais qu’en est-il du jazz, genre à la base de bien des choses qui n’a cessé de fusionner avec les courants musicaux lui faisant obstacle pour les rendre plus complexes (jazz-rock), plus sages (hip-hop jazz) ou plus intellectuels (électro-jazz). N’ayant aucune affiliation avec un certain club de football parisien mais plutôt avec sa ville natale, Saint-Germain-en-Laye (78), M. Ludovic Navarre plus connu sous le patronyme de St. Germain, grand amateur de (deep) house music et de jazz, s’est un jour lancé dans un mix des genres qui a donné quelque chose d’à la fois orignal et en plein dans la mouvance nu-jazz émergente.

Ainsi naît Boulevard en 1995 qui rencontre un franc succès outre-Manche, puis cinq ans plus tard le plus célèbre Tourist, véritable bande sonore urbaine mais aussi bande sonore publicitaire ; rien de péjoratif étant donné la qualité du contenu de l’album. La première chose qui frappe lorsqu’on écoute St. Germain, c’est cette symbiose parfaite entre des musiciens virtuoses du jazz et la musique électronique de Ludovic Navarre. Plusieurs influences parsèment le disque: pur jazz (l’hymne «Rose Rouge»), hip-hop jazz («Land Of…», «What You Think About»), funk («So Flute»), soul («Sure Thing»), trip-hop/dub («Montego Bay Spleen», «La Goutte d’Or» et ses inspirations africaines) et house («Latin Note», «Pont des Arts»). Et même si 2-3 titres paraissent un peu long à force, il est en revanche facile de ne plus faire attention aux répétitions incessantes d’un même plan, qui sont la base des morceaux de l’artiste.

Aussi bien compétant dans la maîtrise du jazz que dans la manipulation des platines, Ludovic Navarre est un artiste complet qui a mystérieusement disparu du circuit dans la deuxième moitié de la dernière décennie. Des informations ont certainement due m’échapper car on ne peut pas stopper son activité musicale comme ça, dans le rock, on commence à avoir l’habitude, mais dans le jazz, quand même ! «I want you to get together…», qu’y dit le St. Germain… hélas, plus ça va, plus c’est chacun pour sa tronche, alors tant pis pour ceux qui passent à côté de Tourist, encore plus savoureux entre deux albums de hard.

Laurent.