Nine Inch Nails – With Teeth

Genre: rock industriel        ®2005

Cinq années séparent With Teeth de son excellent prédécesseur The Fragile, période ô combien difficile pour le seul membre permanent et génie Trent Reznor alors en totale dépression. Mais en 2005, l’Homme aux doigts d’or ayant repris du poil de la bête, il enregistre plus orienté rock que d’habitude et bien plus simple sans pour autant être simpliste, car With Teeth compte une belle tripotée de tubes dans sa tracklist. On pourrait qualifier ce quatrième album comme étant un mix entre la spontanéité de Pretty Hate Machine (1989) et l’éclectisme de The Fragile.

Toujours produit par Reznor, With Teeth écope d’un son moins synthétique en dépit des nombreuses sonorités industrielles assises sur une lourde section rythmique réalisée par Twiggy Ramirez (ex-Marilyn Manson) à la basse et la légende vivante Dave Grohl à la batterie sur la plupart des titres, tandis que la guitare préserve ce côté légèrement en retrait et crado propre à NIN. Du début à la fin, Reznor & cie emportent l’auditeur dans des morceaux qui n’ont pas vraiment grand chose en commun entre eux, que ce soit au niveau des morceaux pop (« The Hand That Feeds », « All The Love In The World », « Everyday Is Exactly The Same ») ou des morceaux plus industriels (« The Hand That Feeds », Only »). Chaque piste de cet opus a sa petite particularité qui le rend unique et fortement appréciable, pour un peu qu’on puisse encadrer NIN dans ce registre moins expérimental et torturé.

Moins marquant que ses prédécesseurs mais très loin d’être le disque le moins intéressant d’un artiste ne manquant que très rarement d’imagination, With Teeth reste néanmoins dans le créneau de l’indus et s’apprécie davantage pour ses ambiances que pour le peu d’expérimentations qui le parsèment. En gros, du NIN complètement dans le coup malgré les apparences, donc on ne peut qu’en redemander.

Laurent.

Stratovarius – Elements Pt. 1

Genre: power symphonique  ®2002

L’histoire du speed mélodique, initiée par les teutons de Helloween, a connu ses plus beaux jours sous le règne des finlandais de Stratovarius quand l’insupportable mais extrêmement talentueux guitariste-compositeur Timo Tolkki menait encore les rênes. Bien sûr, le succès du groupe ne s’en tient pas qu’à son membre-fondateur, ce dernier étant alors accompagné des non moins virtuoses Jörg Michael (batterie, à ne pas confondre avec une certaine star de la pop), Jari Kainulainen (basse), Jens Johansson (claviers) et du chanteur à la voix qui ne laisse personne indifférent, Timo Kotipelto. Entre 1995 et 2003, le groupe n’a cessé d’évoluer dans son registre, balançant à la face du monde des Episode (1996), Infinite (2000) ravageurs, ainsi que ce Elements Pt.1 qui signe d’un point de vue strictement personnel, l’apogée du groupe et par ailleurs, du style qui depuis, n’offre presque rien d’aussi poignant et original.

Démarrant sur un « Eagleheart » très classique et court, au refrain presque trop teinté de chantilly mais néanmoins accrocheur, Elements Pt.1 rompt avec les clichés que l’on colle au speed mélodique, à savoir « celui qui battra le record de vitesse sous des effusions de choeurs et de chant aigu » pour se consacrer à un registre beaucoup plus symphonique et épique. Helloween avait déjà montré la voie avec The Dark Ride (2000) mais c’est ce neuvième album qui va réellement dévoiler l’énorme potentiel de composition des cinq briscards, certes brusqués par un guitariste au caractère à s’en mordre les doigts mais dont le résultat est passionnant de sa sincérité et surtout de sa richesse musicale. Encore mieux produit que son prédécesseur, laissant libre court à chaque instrument d’avoir son mot à dire, Elements pt.1 est le deuxième album à sortir sous la houlette du monstre Nuclear Blast. C’est donc à partir de l’écrasante « Soul Of a Vagabond » que commencent les choses sérieuses, avec un refrain tout en choeurs de très haute volée et ce rythme mid-tempo lancinant. A ce moment, Elements Pt.1 entraîne l’auditeur dans une spirale de mélodies toutes aussi sublimes les unes que les autres, que ce soit par le biais du speed bien speed (« Find Your Own Voice », « Learning To Fly »),  de morceaux lents et poétiques (« Papillon »), de titres instrumentaux (l’impressionant « Stratofortress ») ou de morceaux plus progressifs, et pièces maîtresses de cet album   (« Fantasia » et  l’émouvante « Elements »).

En ce temps, Stratovarius ne ressemblait à aucun autre groupe, pas même à ces copieurs de Sonata Arctica, ni aux autres maîtres que sont Helloween et Symphony X. Non, Tolkki et sa bande ont prouvé qu’ils savaient faire autre chose que du sous-Maiden avec ce Elements pt.1 qui frôle de rien la perfection. Après ça, plus rien ne sera jamais pareil: Tolkki, le pilier central, s’en va après deux albums plus que moyens, dénués de la magie qui imprégnait chaque composition du groupe dans les opus cités plus haut. Mais heureusement, Elements pt.1 sonne toujours d’actualité et a semble-t-i marqué nos esprits jusque mort s’en suive. La classe totale.

Laurent.

Queen – Innuendo

Genre: opéra-rock                ®1991

Comment aborder Innuendo sans un instant penser qu’il s’agit du testament d’un des plus grands groupes de rock que la Terre ait connu. Réalisé dans des conditions qui ne laissent personne connaissant le triste sort qui était réservé à Freddy Mercury à cette époque de marbre, cet ultime assaut réunit tout ce que le groupe n’a pu (ou pas voulu) donner depuis l’excellence de Jazz (1978), que même le culte A Kind Of Magic (1986) ne saurait faire oublier à quel point les années 70 étaient bel et bien l’âge d’Or des Britanniques.

Le problème avec de tels albums, c’est qu’on peut difficilement prendre les morceaux au cas-par-cas. Innuendo est, à l’instar de A Night At The Opera (1975) et News Of The World (1977), une entité à part entière, cette fois-ci imbibée d’une mélancolie dont on en connaît tristement le secret. Que dire si ce n’est que le groupe y a mis toutes ses forces pour renouer au mieux avec l’aspect théâtral qui nous en a rendu amoureux. Du début à la fin, l’inoubliable Freddy Mercury nous enchante de sa voix merveilleuse mais qui n’aurait pas tant d’ampleur (quoique) sans les solis aussi simples qu’irrésistibles de May. Pour faire simple, jugez vous-même avec « Innuendo » ou « The Show Must Go On », respectivement premier et dernier morceaux qui résument parfaitement ce à quoi on s’attend à l’écoute de ce chef-d’oeuvre, mais ce serait rater des ballades à tomber comme « Don’t Try So Hard » ou le gros hard de « Headlong » ou « The Hitman ».

On arrive finalement à dire deux ou trois choses sans vraiment réussir à entrer dans le concret, car le groupe Queen ne faisait pas du rock, il contrôlait
le rock pour lui faire dire tout et n’importe quoi, ce qui n’a certes pas toujours été fructuant avec les désastreux Flash Gordon (1980) et Hot Space (1982) mais ce ne sont que de minces histoires comparé à la splendeur de la discographie. Le 23 novembre 1991, Freddy Mercury succombe à ce fléau qu’est le SIDA, âgé seulement de 45 ans pour presque vingt années de carrière. Plus rien ne sera jamais pareil pour le groupe, même l’honorable duo avec Paul Rodgers n’est parvenu à faire oublier ô combien Mercury incarnait le pilier de Queen, mais grâce à des albums comme Innuendo, ce n’est pas demain la veille que notre amour pour eux s’éteindra. Allez, ne lésinez pas sur les mouchoirs, et prenez-vous en plein la tronche. Magique.

Laurent.