Jon Wayne & The Pain – Follow Through

Genre: World reggae                          ® 2010

Habituellement issu de la Jamaïque noire, le reggae est une des seules musiques du monde entier qui n’a jamais trahie ses origines: rythme à quatre temps, tonalité mineure, la guitare skank (le fameux « gloing »), tant d’éléments dont on ne peut toujours pas se lasser. Les textes, centre d’intérêt de ce courant, dénoncent radicalement les travers des plus hauts rangs de la société quand il ne s’agit pas de parler du pénis d’untel mais toujours de manière subtile et poétique, la liberté d’expression est telle que tout le monde peut se sentir concerné par les thèmes abordés.

Jon Poids alias Jon Wayne est un artiste vivant à Minneapolis (Minnesota, Etats-Unis). Ancien toxicomane, c’est en formant ce groupe que le chanteur-guiatriste a choisi de faire une cure. La lutte contre la dépendance, le désir, les conséquences de la toxicomanie sur son entourage, que de sujets graves que le bonhomme préfère confier au grand public plutôt qu’à un prêtre sans répondant.

Deuxième opus du groupe, Follow Through est un savoureux mélange de reggae, de ska, de dub et de blues, qui serait comme la touche « blanche » de la musique,  un peu à la manière de Sublime. Une ribambelle d’instruments accompagne Wayne dans son discours: des harmonicas, des violons, des cuivres en plus de l’orchestre classique du genre. La voix est posée et belle, ça fait du bien aux écoutilles, et les textes relatant de l’Amour sont touchants de sincérité.

Aucun morceau n’est à jeter, un vrai voyage  dans un univers ensoleillé où le but est de siroter un cocktail maison sous un cocotier en réfléchissant à deux fois avant de vouloir corrompre sa propre personne dans les deux poisons de l’humanité: la drogue et l’argent. La pause parfaite.

Laurent.

Evil One – Militia of Death

Genre: Heavy-thrash                        ® 2010

Militia of Death est le deuxième réel méfait de nos compatriotes frenchies d’Evil One, si l’on ne compte pas les trois premiers passés totalement inaperçus. Le public découvrit il y a un peu plus d’un an un album sorti de nulle part, Evil Never Dies (2009), qui attira immédiatement la curiosité de la presse métal: un son particulier, un chant heavy bien maîtrisé, des riffs inventifs, des solos mémorables, soit un cocktail explosif d’éléments qui ne peuvent susciter que notre attention.

Il est évident que le groupe à décider de se surpasser: une magnifique pochette signée J.P Fournier, également concepteur des albums d’Edguy, d’Immortal, de Dragonforce et j’en passe, est un excellent plus à la brochette d’invités conviés pour accompagner la milice de la Mort: Jeff Waters d’Annihilator impose un solo dantesque sur le titre d’ouverture éponyme, juste histoire de nous en mettre plein la vue au bout de cinq secondes, Betov d’ADX en fait autant sur « Straight To Hell », Gerre de Tankard accompagne Fred au chant sur « Militia of beer » et Herman Franck d’Accept, responsable du mixage de l’engin, apporte aussi un solo sur « Suicide Fanatics ». De quoi en faire vibrer plus d’un!

Là où son prédécesseur était résolument speed-trash, Militia of Death, comme son nom l’indique, possède un côté plus lourd directement issu du death,  qui se fond à des rythmiques rapides qui elles n’ont pas disparues pour autant puisqu’elles font toute la caractéristique du combo. Speed (batterie) se consacre entièrement à son instrument, laissant Fred explorer les vocaux rauques en plus de son chant heavy, ce qui donne une nouvelle couleur en plus à l’ensemble. La reprise d’Accept « Fast As A Shark« , issu de l’album Restless and Wild (1982), est tonitruante, presque mieux que l’originale un tantinet vieillotte aujourd’hui.

Avec un tel succès à l’étranger (et en France), nos trasheurs sont voués à devenir une future icone du métal. Félicitations.

8/10

Laurent.

En l’absence de vidéo du groupe sur le web, je vous propose un très bref trailer de l’album qui ne sort que le 8 Novembre:

Feeder – Renegades

Genre: power-pop                      ® 2010

Il y’a maintenant neuf années de ça, le décès du batteur John Lee, également ami d’enfance du songwriter Grant Nicholas, allait emmener le groupe dans une entrave mélancolique longue de trois albums qui n’aura pas l’effet escompté des premiers albums emplis d’énergie juvénile et électrique. Outre le très beau Comfort in Sound (2002) en hommage au défunt, ses deux successeurs sont plutôt passés à la trappe (sauf au Japon où le bassiste Taka Hirose est devenu une idole), d’autant plus que la notoriété de Feeder dans le Vieux Continent se veut bien fade.

C’est alors qu’en 2010, le trio s’est enfin décidé à tourner la page, en revenant à cette soif de guitares qui leur colle si bien à la peau. Les cheveux ont poussé, la saturation est une nouvelle fois de mise, et la tristesse a été mise au placard. Feeder est de retour, avec un Renegades qui regorge de titres énergiques et de mélodies accrocheuses que les anglais défendent désormais sur scène un peu partout dans le monde, y compris dans notre belle France. Pas de guimauve power-pop ici, pas de linéarité non plus, les titres s’enchaînent avec une rare efficacité, la lumière dégagée par cet album est perceptible sans fioritures.

Dès « White Lines », on a affaire à du lourd: la batterie du nouveau-venu Karl Brazil est martelante, et ce tout au long de l’album, et Grant Nicholas nous montre qu’il n’a rien perdu de son talent, exprimant sa rage de son timbre tantôt rocailleux tantôt mélodieux. « Call Out » confirme alors l’orientation musicale de Renegades, citée plus haut, « Sentimental » rappelle le gros son de  la période Polythene (1998), « Down to The River » est une belle balade progressif qui change des versets à l’eau-de-rose des précédents opus, et « Home », pas très loin du stoner des QOTSA ne peut empêcher l’auditeur de se dandiner. Les titres « Barking Dogs » et « City in a Rut » sont peut-être les deux titres qu’on ne retiendra pas de l’album, tant ils semblent déjà vus.  Heureusement, la punk « Left Foot Right » nous replonge immédiatement dans le bain, et ce jusqu’au final « Fallen », deuxième balade sur treize morceaux, le trio gallois nous a rarement habitué à cela.

C’est avec joie qu’on les retrouve plus inspirés que jamais, avec Renegades qui va surement casser la baraque. Un des meilleurs groupes de sa génération, Feeder n’a surement pas fini de faire parler de lui.

7,5/10

Laurent.